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Le blog d'Andronicus Khandjani

Je veux faire connaitre la Bible à mes contemporains. A travers la Bible, Dieu parle aux hommes, sans ce Message l'humanité perd sa part d'humanité

Questions sur l'Exode

 

 

Questions sur l’Exode


Par Andronicus S.Khandjani

 

Il y a encore une vingtaine d’années, les «Dix Commandements » de Cecil deMille semblaient refléter, une certaine réalité chronologique de l’Exode. On se représentait, entre autres, une confrontation entre Moïse et Ramsès II, l’un des plus célèbres pharaons égyptiens, sur le bord de la Mer Rouge. Ramsès interprété par Yul Brynner, voit ainsi disparaître son armée sous les flots de la mer Rouge.

 

Les choses ont bien changé aujourd’hui. Il semble désormais que la seule attitude réaliste vis-à-vis du texte de l’Exode, soit une vision minimaliste des épisodes telles que narrées dans l’Écriture. Ainsi plutôt qu'une confrontation entre Moïse et un souverain égyptien, on est invité, au mieux  à voir un conflit sur les heures de travail entre Moïse et un officier égyptien. Dans cette optique l’exode serait en fait l’histoire de la fuite de quelques centaines d’esclaves sémites et de la disparition de leurs poursuivants égyptiens engloutis dans un lac ou un bras du Nil.

 

Voilà, avec en toile de fond la crise israélo-arabe, une vision politiquement correcte de l’histoire de la Bible. Mais cette vision qui vise à discréditer l'Ecriture tient-elle la route ?


Nous allons démontrer ici que les données bibliques, bien considérées, fournissent une représentation différente de l’Exode. Bien souvent, les chercheurs n’ont pas tenu compte des informations fournies explicitement par les Écritures.

 

Datation


De nombreux chercheurs ont proposé une chronologie courte situant l’exode sous les ramessides. Ceci étant que nous disent les Écritures ?


La Bible date la construction du Temple à « l’an 420 après l’exode », ce qui nous renvoie explicitement au XXe siècle avant notre ère.  Une stèle de Merneptah évoque la présence israélite en des termes qui rejoignent celles de la Bible. Israël n’est pas présenté comme un État vaincu mais comme une ethnie vivant à Canaan. Conformément aux données de la Bible, il n’y a en effet aucun État israélite avant l’avènement du roi Saül mais plutôt des judicatures très limitées géographiquement.  

 

Israël n’est pas souvent mentionné dans la mesure où il ne constitue pas encore une entité politique aux yeux des Égyptiens ou des puissances de Mésopotamie. Les Israélites ne contrôlent pas les cités majeures de Canaan que sont Sidon, Jérusalem,Tyr, Gaza et Sichem. Les Hébreux sont avant tout des paysans et des pasteurs qui forment une structure de pouvoir parallèle en terre de Canaan.

 

Les Israélites affirmeront leur pouvoir graduellement sur les Cananéens en remportant des victoires sur les populations du désert qui visaient justement leurs réserves de blé. Ce n’est que sous Gédéon que Sichem doit se mettre sous la protection d’un chef israélite. La réaction cananéenne est écrasée par Abimelek. S’adressant aux notables Cananéens après le massacre de ses frères, Yotam fils de Gédéon s’écrie : «mon père a combattu pour vous, qu’il a exposé sa vie, qu’il vous a délivrés de la main de Madiân » 


 

C’est sous la judicature de Samuel que le pays passe sous contrôle d’un responsable israélite. Il est en effet écrit : « Il y avait paix, d’ailleurs, entre Israël et les Amorréens ». Isolés par l’affaiblissement de l’Egypte et incapables de faire face à la poussée des Philistins, les roitelets de Cananéens se rangent finalement sous autorité israélienne. Sous le règne de David Jérusalem passera sous le contrôle des monarques hébreux.

 

La Bible ainsi que les sources anciennes pointent vers une chronologie longue.L’archéologue belge Claude Vandersleyen va également dans le même sens 1. Ainsi plutôt qu'une chronologie courte qui fixerait, en contradiction avec la Bible, l'Exode sous les Ramessides, il est plus scripturaire de penser à une chronologie longue, entre 1444 et 1568.


Des chiffres exagérés ?


La datation de l’Exode comme le nombre des Hébreux ayant quitté l’Égypte a provoqué de nombreuses controverses scientifiques, de nombreux chercheurs évoquant des exagérations dans le texte biblique. Critiquant les données de la Bible, Donald Redford écrit :« Une telle manipulation de l'évidence relève de la prestidigitation et de la numérologie ; pourtant, elle a produit les bases fragiles sur lesquelles un nombre lamentable d'« histoires  d'Israël ont été écrites. »2Selon ce chercheur la population égyptienne de l’époque est estimée à 2 800 000 personnes.

 

La Bible évoque une population israélite supérieure à celle des Égyptiens : « Le roi dit à son peuple : Le peuple des Israélites est plus nombreux et plus fort que nous. » La Bible présente donc une évaluation exacte de la population égyptienne, inférieure numériquement à celle des Hébreux.

 

L’évolution de la démographie israélite correspond bien à celle qu'on peut s’attendre dans des conditions où la mortalité infantile est inexistante. Les textes évoquent ce facteur mais aussi une longévité importante.


A cela, il faut ajouter l’apport démographique de certaines populations asiatiques et africaines. Caleb, le futur prince de Juda est d’origine édomite, alors que Puthiel, le beau-père d’Eléazar est sans conteste de souche africaine. Il y a donc des Israélites génétiques et des Israélites d’adoption. Les 12 tribus constituent en fait des noyaux auxquels viendront s’agréger des populations d'origine diverses.  

        

Un exode massif n’aurait-elle pas laissé le pays exsangue ?


Les empires se caractérisent par une capacité à gérer les populations. Assez souvent des populations déportées  ont été remplacées rapidement par de nouvelles populations qui prolifèrent rapidement dans un contexte fertile. Le XXème siècle nous donne malheureusement l’exemple de cette gestion des populations.


La géographie de l’Exode 


A .Le pays de Goschen


Il est intéressant de constater que les psaumes évoquent l’exode « des fils de Joseph » (Ps 77.15). Joseph est dans certains psaumes le synonyme d’Israël. Dans le psaume 81, le nom est utilisé dans une forme archaïque « Yahosef’יהוסף plutôt que Youcef. Le terme Youcef est sans doute celui utilisé par les Egyptiens pour désigner « leurs Hébreux » alors qu’eux-mêmes se désignent par le terme Benei Israël.  Le terme Joseph pourrait également renvoyer à une désignation géographique, ce d'autant plus qu'il est introduit par la particule "beth". Ce qui correspondrait à la région de Fayoum où coule le fleuve de Joseph. La région de Fayoum où le souvenir de Joseph est encore vivant pourrait bien correspondre à notre Goschen. 

 

B. Le passage de la mer Rouge


On s’imagine souvent une confrontation entre Moïse et le pharaon dans la région de Suez, mais le texte biblique évoque une sortie d'Egypte. Il importe donc de rétablir les faits: alors que les égyptiens s’attendaient à ce que les Israélites s’en tiennent à leur première revendication d’adorer dans le désert égyptien, ils apprennent que les Israélites ont « fuit »l’Egypte, d’où la décision de les poursuivre. Selon la Bible, la confrontation n’a pas lieu à l’intérieur de l’Egypte, mais bien à l’extérieur des frontières de l'Egypte, l’Ecriture dit en effet explicitement : « Et ce fut au bout de quatre cent trente ans, précisément le même jour, que toutes les milices du Seigneur sortirent du pays d’Égypte ». Le verbe est conjugué de manière à exprimer un acte définitif. Or l'Egypte antique est délimitée à l’est par le désert du Sinaï. La confrontation a lieu au moment où les Égyptiens tentent d'empêcher les Israélites de quitter le Sinaï actuel pour s'enfoncer dans le désert madianite, au nord-ouest de la péninsule arabique.

 

En tenant compte des données bibliques on serait en droit de conclure que le passage de la mer Rouge eut lieu vers le golfe d’Aqaba.

 

 La Montagne Sacré


La situation du Mont-Divin, le Horeb, est loin d’avoir été résolu. Il fort peu probable qu’il s’agisse du Djebel-Moussa. On devrait sans doute penser au nord-ouest de la péninsule arabique, dans le pays de Madian. Le seul point précis sur sa géographie est sa distance par rapport à Cadès-Barné, « Il y a », nous indique le Deutéronome « onze jours de marche depuis l’Horeb, par le chemin de la montagne de Séïr, jusqu’à Cadès-Barné ».


L’identification du Horeb au Djebel Moussa, qui semble remonter à l’époque de Constantin, soulève de nombreux problèmes dans la mesure où la péninsule a été souvent sous contrôle militaire égyptien, l'Egypte contrôlant les mines de cuivre de cuivre de la région.  Pourquoi Moïse, un fugitif poursuivi par les autorités égyptienne, aurait mené si loin le troupeau de son beau-père alors que le pays de Madian a été souvent présenté comme plus propice à l’élevage?

 

Dans une optique où le golfe d’Aqaba est le site du passage des Hébreux, l’identification de Horeb au Djebel-Moussa, ce qui équivaudrait à un retour dans le territoire de l'empire, semble insoutenable.

 

Conclusion


L’histoire de l’Israël antique a été malheureusement réécrite sur la base des conclusions erronées du minimaliste Israël Finkelstein. A chaque fois que les découvertes ont remis en cause l’orthodoxie finkelsteinienne, les médias ont préféré taire les nouvelles données en attendant de nouvelles contre-découvertes minimalistes.

 

Émoussé par les découvertes qui donnent du crédit à la narration biblique, l’archéologue concède : «Il est vrai que le fait qu’il n’y ait pas de trace d’un royaume ne signifie pas que ce royaume n’ait pas existé voire qu’il ait été puissant »3 . Il cite à l'appui de cette confirmation l'existence des « royaumes » de Sichem et d'Ourousalim (Jérusalem) bien attestés par les lettres de Tel Amarna, sans pour autant laisser de traces succinctes au niveau archéologique.


Si aujourd'hui le courant minimaliste est mis mal, il faut toutefois se garder d'accepter toutes les preuves avancées par des amateurs. Il y a 35 siècles, plutôt que rechercher la facilité en Egypte, Moïse a décidé d'entreprendre un voyage dans le désert dont les fruits demeurent jusqu'à aujourd'hui. C'est dans cette voie que les chercheurs chrétiens doivent s'engager afin de pouvoir donner des réponses au peuple.

 








 

 

1Claude Vandersleyen (bibliographie)De la fin de l'Ancien Empire à la fin du Nouvel Empirep. 232-237

2Donald RedfordEgypt, Canaan, and Israel in Ancient Times, Princeton University Press, 1992 (réimpr. new edition 1993), 512 p.

3Entretien avec l’archéologue israélien, Israël Finkelstein. www.jerusalem-religions.net

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