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Le blog d'Andronicus Khandjani

Je veux faire connaitre la Bible à mes contemporains. A travers la Bible, Dieu parle aux hommes, sans ce Message l'humanité perd sa part d'humanité

Questions et réponses sur les versions de la Bible

Voici la traduction d'un échange sur la différence entre les anciennes et les nouvelles version de la Bible, avec en toile de fond, l'abandon progressif du Textus Receptus et du Texte Byzantin. Ces questions travaillent aussi les croyants iraniens qui veulent savoir à quoi s'en tenir.

 

E.S:

Je constate que certains versets ont été supprimés dans les nouvelles versions de la Bible. Par exemple, Mat 17.21, 18.11, 23.14…Dans certaines traductions comme la NIV et la traduction du Millénium en persan, ces passages sont en crochets, dans certains cas les versets sont divisés en deux membres dont le second est supprimé. Que se passe-t-il ?


Andronicus Khandjani:

 

Cela tient aux modalités de la transmission du Kérygme sacré. La rédaction des évangiles visait d’abord à transmettre les gestes et les enseignements du Seigneur aux générations futures et aux peuples qui étaient loin de la Judée. Il faut  tenir  compte du  fait que la tradition ou l’oralité précède l’écriture (Luc 1.2).  Au moment où l’écriture émerge en tant que moyen de transmission de l’évangile, la tradition orale ou l’évangile oral est toujours une réalité et fait toujours autorité donc il y a la Tradition ou l’Instruction orale (I Corinthiens 11.2) et l’Ecriture.

 

Dans ce contexte, on comprend que des copistes chargés de reproduire les premiers manuscrits pouvaient, s’ils ne faisaient pas attention, reproduire de mémoire des logias et donc inclure des paroles dont ils avaient le souvenir, mais que les évangélistes n’avaient couchées sur papier. En fait les passages rapportés ont été repris dans d’autres évangiles (Mat 17.21 cf. Marc 9.29 ; 11.18 cf. Lc 10.19 ; 23.14 cf. Marc 12.40).  La suppression de ces passages dans les nouvelles traductions reflète une conception limitée de l’authenticité littéraire. À l’époque l’écrit était aussi propriété de la communauté d’où il émergeait. Cela renvoie à des préoccupations modernes et étrangères aux premières communautés chrétiennes et partant aux écrivains qui ont produit ces textes. Plutôt que des supprimer ces passages, il faudrait les signaler, en italique, comme des contributions de la tradition orale.

 

H.N:

 

Cher frère, si je vous comprends bien les copistes ont ajouté au texte mathéen, par méprise, des versets tirés d’autres évangiles, comme celui de Marc ?

 

Andronicus Khandjani- Non, les versets cités apparaissent sous des formes légèrement différentes en grec dans les évangiles de Marc et de Luc. Il s’agirait donc de «  logias » conservés dans la mémoire des copistes et des premiers croyants. Il est donc question  ici de paroles authentiques du Seigneur ne figurant pas dans les manuscrits originaux, mais reproduites par des copistes.

 

ES:

 

J’aimerais, s’il vous plait, avoir des éclaircissements sur ces versets, dans nos anciennes versions on lit :

 

« Et ne nous soumets pas à la tentation; mais délivre-nous du Mauvais.   Car à  toi appartiennent le règne, la puissance, et la gloire à jamais. Amen! » (Mt 6.13)

 

« Parce que nous sommes les membres de son corps, étant de sa chair et de  ses os. » (Eph 5.30)

« Car il y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel, Le Père, le Verbe, et le Saint-Esprit; et ces trois sont une même » (1 Jean 5.7)

Dans les nouvelles versions :

« Et ne nous soumets pas à la tentation; mais délivre-nous du Mauvais. » (Mt 6.13)

« Ne sommes-nous pas les membres de son corps? » (Eph 5.30)

« Car il y en a trois qui rendent témoignage » (1 Jean 5.7)

Il y aussi cette variante de Matthieu 28.19

« Allez et faites des disciples en mon nom »

 

 

Andronicus Khandjani:


La doxologie du « Notre Père » appartient à la tradition orale, comme je l’ai dit plus haut, le copiste l’a insérée dans le texte. Comme un commentateur signale justement « on peut la conserver, car elle ne renferme que des expressions bibliques, propres à inspirer une grande confiance en Celui qui exauce la prière. »

 

Il y a des cas de glose comme en Ephésiens 5.20 et Matthieu 28.19. Pour Joseph Ratzinger, le futur pape émérite Benoît XVI,  Matthieu 28.19 serait le fruit d’une rédaction romaine du deuxième ou troisième siècle. Le baptême primitif « au nom du Seigneur » pouvait être interprété comme une adhésion à Jésus, roi ou prophète, sans que cela implique une adhésion à sa divinité ou à son unité avec le Père. La glose exprime donc ici une compréhension correcte de la foi chrétienne. Si cette glose est romaine, il s’agirait d’une réaction au proto-arianisme de Justin et d’Hyppolite sinon on pourrait penser à un autre contexte comme l’émergence du mouvement ébionite vers la fin du premier siècle. La version longue de Matthieu 28. 19 reste fidèle au contexte et devient partie intégrante du texte alors que dans le cas de 1 Jean 5.7, il ne s’agit pas d’une glose mais d’une interpolation introduite peut-être par le mouvement priscilianiste, peut-être sous l’influence de Cyprien. Selon un commentateur « elle interrompt, en effet, la pensée  de l’apôtre et cela pour y ajouter une idée dogmatique qui, ici, n’a aucun sens. » L’interpolation n’est ni dans le Texte Byzantin ni dans la traduction latine de Jérôme.  


Dans le cas d’Ephésiens 5.30, il s’agit d’une addition qui peut s’expliquer par l’intervention de chrétiens d’origine juive, plutôt que de supprimer ce membre du verset, il aura fallu le mettre en italique. L’auteur cite en effet Genèse 2.23.  La suppression de cette addition par les spécialistes est emblématique d’une conception de l’authenticité littéraire qui ne correspond pas à la période du Nouveau Testament.

 

E.S:

 

Comment être certain qu’il s’agit bien d’ « ajouts » et non du texte tel que sorti de la main des écrivains sacrés ? Comment dater ces ajouts ?

 

Andronicus Khandjani:


Les spécialistes comparent les plus vieux manuscrits ainsi que les citations bibliques dans la patristique. Les plus anciens témoins ne portent pas ces ajouts. Si on  veut maintenir l’authenticité, au sens moderne, de ces ajouts, il faudra penser que les manuscrits les contenant ont disparu vu leur usage liturgique, comme un livre s’use par son usage quotidien. Cela veut dire qu’il y avait "des bibles" pour les spécialistes et "des bibles" pour l’usage publique comme il y en a aujourd’hui. Cela pose la question de savoir quand finit la rédaction d’un texte sacré, avec la fin du travail du rédacteur ou après ? La tendance actuelle est influencée par l’idée d’une composition individuelle, c’est très différent de la mentalité juive de l’époque où il fallait rester dans le même esprit pour continuer une œuvre. Par exemple la paternité des « Proverbes » est attribuée à Salomon alors que manifestement d’autres auteurs ont pris part à la composition de l’œuvre.  Le Pentateuque est dans sa forme actuelle un Texte que nous a transmis «la Grande Assemblée » dirigée par Esdras. Il y aussi le Pentateuque samaritain qui n’est pas canonique. Par rapport au Nouveau Testament, ce sont les disciples des apôtres et des premiers compagnons du Seigneur qui nous transmettent le Texte.

 

E. S:

 

Ces ajouts sont-ils marqués du sceau de l’inspiration ? Comment expliquer que des paroles aient  été mis sur la bouche du Seigneur par exemple dans le cas de Matthieu 28.19 ?  


Andronicus Khandjani:

 

Vous posez plusieurs questions. D’abord, il y a une différence entre inspiration et canonicité. De nombreuses prophéties inspirés n’ont pas été retenues dans la Bible, cela veut dire que le Seigneur a décidé qu’elles n’étaient pas canoniques pour nous, ceci ne veut pas dire que ces prophéties soient fausses. Il est écrit dans la Bible que le Seigneur ne « laissa tomber » aucune parole prophétique de Samuel, or nous n’avons qu’une petite portion de ces prophéties.

 

Par rapport à Matthieu 28.19 nous devons tenir compte du contexte. En Orient des Ebionites croient que Jésus n’est que le Fils de David, il est tout au plus un nouveau Moïse. Ils essayent de concilier des éléments de la foi chrétienne à l’orthodoxie juive de Jamna. Pour eux, se baptiser dans le Nom du Seigneur (Jacques 2.7) n’implique que l’acceptation de la messianité de Jésus. Il importait donc d'exprimer le sens du baptême chrétien.Dans le même contexte oriental, certains considèrent le Saint Esprit comme la mère de Christ. Certains mouvements voyaient dans l’Esprit, une appellation de l’archange Gabriel.  Sous prétexte de rester dans le monothéisme, on tombait dans une forme grave de trithéisme. Matthieu 28.19, dans sa version canonique, est une confession de foi qui réaffirme en des termes forts l’unité du Père, du Fils et du Saint Esprit contre l’unitarisme ébionite et le trithéisme proto-arien. En cela, il exprime la pensée biblique. 

 

En dehors de Jean 5.7,  ces ajouts ne sont pas des « greffons », mais bien des réactualisations du message biblique dans un contexte historique particulier.

 

Etre fidèle à Christ, ce n’est pas répéter ses paroles mais bien plutôt exprimer correctement et fidèlement sa pensée et  sa doctrine. Comme Bullinger pouvait écrire : « La prédication de la Parole de Dieu est Parole de Dieu », cela est d’autant plus vrai pour les saints apôtres et « leurs » disciples  qui nous ont transmis la Parole de Dieu, à travers le Kérygme puis l’Ecriture.

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Hervé P 23/07/2014 20:11

— À propos des versions de la Bible, regardez aussi comment a été rendu Maalchie 3, 1a :
«Voici, je m’en vais envoyer mon messager, et il préparera la voie devant moi...»
, dans Matthieu 11, 10, Marc 1, 2 et Luc 7, 27 qui disent tous :
«Voici, j’envoie mon messager devant ta face, lequel préparera ta voie devant toi.»
— Alors, en lisant ça, je me pose la question toute bête suivante :
"Si Dieu envoie Son Messager devant Lui dans Malachie 3, 1, devant qui L'envoie-t-Il dans Matthieu 11, 10, Marc 1, 2 et Luc 7, 27 ?!??..."
— De plus, Jean 1, 1 a été mal traduit :
«Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu: et cette Parole était Dieu:» (Martin 1707)
— La version d'Olivétan, que vous pouvez vérifier ici, dit :
« Au cômencement estoit la parolle et la parolle estoit avec Dieu et Dieu estoit la parolle»
— Mieux : le mot traduit par "avec" est "pros" en ancien grec (n° strong 4314) : vérifiez les strongs ! Et ce mot veut dire entre autres sens "à" ! De ce fait, on peut écrire Jean 1, 1-2 comme suit :
«Au commencement était la Parole, et la Parole était à Dieu: et Dieu était la Parole: Elle était au commencement à Dieu.»
, tout comme on dirait dans le langage courant "la parole est à Untel" !
— L'Ancien Testament nous présente Un Seul Dieu alors que le Nouveau Testament le "divise" en trois ! Demandons donc à Dieu ce qu'il a réellement fait écrire dans Sa Parole, la Bible : nous pourrions avoir de sacrées surprises !
— Cordialement, au Nom du Seigneur Jésus-Christ !