Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le blog d'Andronicus Khandjani

Je veux faire connaitre la Bible à mes contemporains. A travers la Bible, Dieu parle aux hommes, sans ce Message l'humanité perd sa part d'humanité

L''évangile selon Thomas"

L''évangile selon Thomas"
 
par Andronicus Khandjani

Il arrive très souvent de voir un "spécialiste" apparaître dans une émission de télévision pour remettre en question le canon arbitraire "imposé", selon leurs termes, par l'Eglise catholique laquelle aurait rejeté dehors des textes qui dérangeaient comme l'"évangile de Thomas". Certains vont jusqu'à parler de l'existence d'"un cinquième évangile" ignoré par la communauté chrétienne et invitent implicitement les chrétiens à rouvrir le débat sur leur canon.

 Dans un contexte où l'ignorance de l'histoire biblique entretient chez beaucoup de nos contemporains l'idée d'une conspiration, de telles déclarations visent à alimenter cette confusion. Qu'en est-il vraiment? Le texte attribué à Thomas est-il un évangile?
 

  Nous commencerons par essayer de voir clair sur l'origine de notre canon.

                              
              Le Canon

  En dépit de quelques divergences, on peut dire qu'à partir du deuxième siècle, nous avions un canon regroupant, au moins, le corpus paulinien, les Synoptiques et l'Evangile de Jean, ainsi qu'en témoigne Irénée disciple de Polycarpe lequel a connu l'apôtre Jean. Il y a un lien entre Irénée et les apôtres dont ne peuvent se prévaloir les gnostiques. Clément de Rome a connu Paul, Timothée et peut-être Pierre.
 
   Le débat a donc surtout porté sur l'étendue des corpus pétrinien et johannique ainsi que sur la canonicité des Hébreux, de Jude et de l'Apocalypse. Il y a eu débat sur II Pierre et les deux petites épîtres johanniques. Pour II Pierre, l'origine pétrinienne faisait l'objet de débat alors que les petites épîtres johannique (II et III Jean), semblaient trop personnels. Par rapport à Hébreux, certaines doctrines dérangeaient l'Eglise latine.
 
  Le critères qui a guidé les chrétiens du second siècle dans le choix des Évangiles sont, entre-autres:
 
 
1. L'orthodoxie des TextesL'existence de traditions orales qu'ils avaient reçu des apôtres. Tout ce qui corroborait les traditions primitives et les recueils des logias a été accepté et le reste rejeté.
 
2. L'authenticité.Il fallait sans aussi s'assurer de l'authenticité des textes, ce qui a fait rejeter certaines épîtres comme celle attribuée à Barnabas qui ne contredisait pas, au moins dans son contenu doctrinal, le NT. Idem de certains "évangiles" de l'enfance qui ont fourni des éléments à la tradition chrétienne.
 
3.Le sceau apostolique.N'ont été retenus dans le Canon que des livres revêtus du sceau de l'autorité apostolique soit directement soit parce que leurs auteurs faisaient partie des disciples immédiats des apôtres comme Luc, Marc et l'auteur de l'Evangile de Matthieu. C'est sans doute ce facteur qui a fait que certains récits orthodoxes auxquels Luc fait allusion ou les épîtres de Clément de Rome n'aient pas été retenus dans le canon, dans sa version finale. En clair l'orthodoxie d'un texte ne constituait un critère suffisant en soi.  
 
  Il  va de soi que l'"Evangile de Thomas" ne répond à aucun des critères précités.
  En tant que chrétiens nous pouvons être certains que les disciples de l'époque post-apostolique ont été guidés par le Saint Esprit dans leur intuition, ce,  en tenant compte des critères précités.
                                       
                                          Le pseudo-Thomas
 
  L'auteur: L'Evangile est attribué à Didyme Jude Thomas en qui les gnostiques voyaient le frère jumeau de Jésus. En fait le seul frère de Jésus que nous connaissons par les synoptiques et surtout par son épître se présente avant tout comme le frère de Jacques et reconnaît humblement l'autorité apostolique des 12 et de son frère. Il ne peut donc être assimilés à l'apôtre Thomas dans la mesure où aucun des frères du Seigneur n'est devenu croyant durant son ministère. Jean traduit Thomas par Didyme mais les hommes  Nag Hammadi en font un autre nom de l'apôtre.  Sur le fait qu'il devait s'appellait Jude, ils ont dû se référér à la tradition palestinienne, peut-être à l'"évangile des Hébreux" qui constitue l'une de ses sources.  
 
  Il va sans dire que c'est surtout le caractère hétérodoxe du pseudo-Thomas qui a séduit certains "chercheurs". Un des critères allégués pour établir son authenticité est l'utilisation des logias, style qui caractériserait les premiers écrits chrétiens. Il est aussi question de logias qui auraient trouvé un échos dans la patristique. Entre autres, Clément d'Alexandrie à peu près le premier logion:   "celui qui se fera herméneute de ces paroles  ne goûtera plus de mort." Ceci étant, il l'attribue à l'"Evangile des Hébreux", et non au texte de Nag Hammadi. Augustin cite le logion 57.  Ces citations ne sont pas concluantes, à la rigueur postulent-elles l'existence de logia attribués à raison ou à tort au Seigneur. I l est en effet fort peu probable qu'Augustin ait eu recours à un "évangile" apocryphe!
 
   Par rapport à cela, il est frappant de constater que Marcion, une des figures de proue du gnosticisme, n'utilise pas pas l'"évangile dit de Thomas", si apprécié de ceux qui veulent rêver d'un christianisme différent. Une autre confirmation nous vient de Tatien qui a été influencé par la Gnose mais qui rédige sur la fin de sa vie le Diatesseron, une tentative d'harmonisation des 4 évangiles, que nous connaissons par le biais de traductions arabe et persane ainsi que les textes d'Ephrem.

   Il est aussi intéressant  de constater que l'Eglise de Perse, fondée par l'apôtre ne connaît rien de cela. On peut penser que des gnostiques interpellés par le sens du nom Thomas en aient voulu faire leur apôtre.
  
   L'intérêt historique de ce texte vient du fait qu'il nous renseigne sur l'évolution de la pensée gnostique qui tentent de rallier les ébionites ainsi qu'en témoigne la logia 12" Au point où vous en serez, vous irez vers Jacques le Juste :
Ce qui concerne le ciel et la terre lui revient."
laquelle marque encore l'origine ébionite de certaine logia. Il nous permet aussi d'avoir une idée du contenu d'une version de l'"Evangile aux Hébreux" ou d'un récit apparenté où l'anti-paulinisme est très marqué.
  Il faut retenir, en guise de conclusion cette affirmation de Jean Doresse, un des premiers spécialistes des Textes de Nag Hammadi pour qui le texte attribué à l'apôtre  est "  un apocryphe où ce qui correspond aux Evangiles a toutes chances d'avoir été tiré d'eux, et non de leur source première, tandis que ce que Thomas offre d'inédit, même si cela mérite la qualification de logia, risque d'avoir été l'objet non seulement d'approximations mais aussi de retouches. » 

 
Le débat sur les communautés gnostiques doivent nous rappeller les tentatives de réappropriation du Message chrétien dès la fin du premier siècle. Des sympatisants juifs de la première communauté chrétienne, emboîtant le pas aux adversaires de Paul tenteront de concilier le Message évangélique leur judaïté, alors que d'autre part, des personnes de culture hellénistique chercheront, de leur côté, à "apurer", l'Evangile de ses éléments juifs et vétéro-testamentaires. Il est frappant de constater que ces deux tendances extrêmes de l'hétérodoxie semblent avoir trouvé des points de rencontre.
  
  Le texte, il est vrai, séduit encore certains tenants d'une théologie libéral, entre autres parce qu'il véhicule un message proche du libéralisme théologique, mais aussi parce que les théologiens libéraux qui sont les premiers à accepter tout ce qui peut mettre mal à l'aise les évangéliques sont aussi toujours les derniers à admettre leurs erreurs. 

   Plutôt que de prêter d'accorder crédit, au mépris des méthodes de la recherche historique, à ces réinterprétations de l'Evangile, ne serait-il pas mieux de se laisser interpeller par ce Message unique qui n'a jamais laissé insensible les hommes?

   Le Révélateur, le Divin Galiléen est là te posant la question : Qui penses-tu que je suis, moi le Fils de l'Homme? Aujourd'hui comme hier, une réponse s'impose car de celle-ci dépend notre avenir.

Article précédent Article suivant
Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

simon 31/10/2007 19:26

texte tres interessant Andro.
God bless

Andronicus 03/11/2007 16:47

Bonjour Simon,Merci pour cette réaction.  J'ai aussi visité votre site. Il est très utile.Cordialement en LuiAndro