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Le blog d'Andronicus Khandjani

Je veux faire connaitre la Bible à mes contemporains. A travers la Bible, Dieu parle aux hommes, sans ce Message l'humanité perd sa part d'humanité

Etude sur le "Psaume d'introduction" (1)

Etude sur le Psaume

par Andronicus Khandjani

Je suis le vagabond, le marchand de bonheur", certains se souviennent encore de cette vielle chanson des années 50 fredonnée par des masses avides de bonheur, pourtant  vers le milieu des 30 glorieuses.  
  
  Depuis tous les temps, l'homme se préoccupe de son bien-être, de bonheur. La quête du bonheur est caractéristique de l'homme quelque soit son appartenance. Dans le contexte oriental, les termes khair, niki, saada, taib que nous traduirions par bonheur impliquent surtout la capacité de jouir et de faire jouir. Le terme saada, suggère avant tout les circonstances favorables de la vie. En fait être heureux, c'est être bien, riche et en bonne santé. Le célèbre poète Saadi, pourtant dans ses heures défenseur du soufisme, de la renonciation aux biens de ce monde, résume en termes son idée du bonheur et du malheur:"C'est l'homme qui a mangé et partagé que tu proclameras heureux; celui qui a amassé et laissé, tu le proclameras misérable". Il s'agit pour l'homme de jouir de la vie et de partager afin de s'assurer des bonnes grâces de Dieu dans l' au-delà.Le fait de pouvoir donner est perçu comme un des attributs du bonheur. Dans son Alchimie du Bonheur (Kimya-e Saadat), le célèbre théologien Ghazali ou l'Alghazali des arabisants tente de décrire les conditions du bonheur qui se résume selon dans la connaissance de Dieu qui s'acquiert dans l'adoration et le renoncement, en bref dans l'acte religieux. Il propose, entre autres,  une série de litanies au fidèles. 
 
  Le discours est facile, mais la réalité peut être différente: la philosophie de Ghazali a contribué au déclin de la civilisation du Moyen-Orient, introduisant le monde orientale dans l'âge des ténèbres.Peu sont les persanophones qui se tournent vers l'Alchimie du Bonheur dans leur quête. Son contemporain le mathématicien Khayyam invite plutôt les uns et les autres à saisir toutes les occasions possibles afin de profiter de la félicité aux côté de l'être aimé devant une coupe de vin et un paysage resplendissant. 
 
  Hafez, le poète préféré des Iraniens, s'inscrit dans la même tradition, la vie ne vaut la peine que si on peut en jouir pleinement, le vin et la compagnie de l'être aimé aidant à oublier le sommeil de la mort, les ténèbres qui suivent. Il s'agit d'une vie large plutôt que longue selon l'expression célèbre d'Avicenne mort assez jeune suite à une vie où animée peu compatible avec les règles d'hygiène de vie qu'il a donné au monde.
 
  Ce que le plaisir, cette capacité de jouir est finalement futile et éphémère comme le rappelle les pessimistes avec Jankelevich, que ça soit pour certains, comme le rappelle le Qohelet dû à l'approche de la mort, synonyme de fin des jouissances ou pour d'autres l'effroi et les incertitudes de l'au-delà malgré les belles promesses de la religion.
 Pour le théologien Paul Tillich, disciple du Qohelet, même si cette jouissance devait se poursuivre pour indéfiniment, sempiternellement, l'homme s'en lasserait rapidement et l'immortalité ne serait qu'une survivance, d'où cette proposition toute saducéenne:"il n'est pas raisonnable pour l'homme, cet être fini, de rêver d'une existence au-delà de sa mort". Sa quête de l'éternité se situe dans le temps. 
 
  On sait aujourd'hui ce qu'il en est des paradis idéologiques qui rappellent surtout l'enfer orwellien. Il suffit d'interroger le passé récent du monde slave ou la réalité triste du moyen-orient.
  
Face à ces situations, notre époque influencée par l'existentialisme a-t-elle développé le concept de réalisation, d'épanouissement. Il s'agit de se réaliser. On parle  volontiers de "personnalité  épanouie". La vision américaine a permis de forger l'image de l'homme chic à qui tout réussi, de la femme d'affaire débordant d'un dynamisme contagieux. Il s'agit de rechercher le bonheur en soi, un peu à l'exclusion des autres. Être heureux contre tous. Les psychologues occidentaux et gourous "initiés aux mystères du cosmos" sont censés nous guider dans la quête du bonheur.  Il y a tant de si belles formules qu'on s'étonne encore que dans ce monde où on a découvert les gènes, les secrets du bonheur il y ait encore tant de malheureux. Le taux de suicide élevé dans le monde occidental semble nous suggérer que l'homme qui se découvre tente de fuir vers la mort. Comment expliquer autrement ces suicides d'une part et la fuite de ce jeune américain connu comme le taliban américain, des hauts lieux californiens de l'ultralibéralisme morale-son père s'était "réalisé dans un coming out- vers l'enfer des écoles religieuses pakistanaises.
 
  "Qui nous fera voir le bonheur?" est-on en droit de s'interroger devant cette pléthore de marchands de bonheur. Ne faut-il pas plutôt chercher le contentement dans l'extintion du désir qui fait souffrir, comme nous propose la philosophie asiatique?
   
  Le psalmiste  a connu le bonheur, dans sa largeur et dans sa hauteur. Malgré l'indigence.  "Et quand abondent le froment et le moût" des autres. Il nous invite, sous inspiration divine, éclairé des rayons venant de la Transcendance, à cheminer avec lui dans ce chemin qui conduit à la Gloire. Oui, il s'agit bien du Vieux-Livre-Nouveau laissé de côté un peu qui a traversé les siècles malgré les persécutions les plus violentes parce que nos ancêtres dans la foi tenaient à nous léguer le secret d'un bonheur vécu dans leur existence terrestre et aujourd'hui dans l'éternité. Mettons nous à son écoute, il s'agit d'un témoin sûr. 

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1. Les trois "non"
 
 
   "Heureux l'homme qui ne marche pas selon les conseil des méchants,
    Qui ne s'arrête pas sur la voie des pécheurs,
    Qui ne s'assied pas en compagnie des moqueurs"
 
 
   Oui, contrairement à l'image véhiculée, il est souvent question de bonheur dans la Bible, d'un bonheur qui se construit dans la réalisation de l'être humain. En le terme traduit par heureux, vient du verbe esher qui suggère le progrès, un dynamisme positif, un mouvement vers la per-fection. La traduction de Chouraqui évoque une marche dynamique. Ce bonheur, le vrai, est pourtant conditionné contrairement à ce que prêchent les tenant de la grâce à bon marché, pour ne pas dire la disgrâce.  A l'heure où la réalisation de soi est un peu conditionné par le défoulement, le rejet de tout autorité sur sa vie, les Écritures conditionnent l'accès au bonheur par trois non. En effet, il y a une négativité qui peu apporter la vie et permettre à la Grâce de d'éclore, de se manifester pleinement dans notre vie. C'est donc en des termes négatifs que s'ouvre notre Psaume.
 
   "Heureux qui ne marche pas selon le conseil des méchants...".
  
   Le terme rashi traduit par méchant est rendu également par impie dans la Bible de Jérusalem alors que la Bible en français courant propose "sans foi ni loi", afin de rendre plus intelligible au lecteur le sens du mot hébreu dans le contexte du Psaume 1.
   Il s'agissait dans ce psaume didactique de mettre d'abord en garde les jeunes gens contre l'influence des caïds de leur quartier, des personnes pouvant les entraîner sur la voie du banditisme dans un contexte où l'enrichissement rapide, au détriment des autres, constituait une tentation pour les jeunes. Le psalmiste appelle le jeune croyant à se méfier de la fausse masculinité, au charisme destructeur qui se dégage des chefs de gangs de son quartier. C'est appel reste d'actualité face à l'attraction perverse exercée sur les jeunes par certaines personnes de leur quartier, ou dans un contexte de communication accrue, des personnalités dont le charisma ne peut-être que nuisible à la vie du croyant. On pense à certaines stars de la musique, du cinéma et même du sport "contribuent" à mettre en valeur des modes de vie contraire à la Parole. Mais pour le chrétien de tout âge, il importe de rester vigilant face à l'influence négative d'un monde désormais sans foi ni loi.
  L'auteur utilise à cet effet, le  mot etsah (conseil) qui  rappelle ets (arbre), comme pour nous rappeler l'épisode d'Eden où le mal est arrivé à s'insinuer par le discours dans nos premiers parents. Il appelle à notre vigilance face aux influences néfastes de ce monde qui gît sous le pouvoir du malin. Cet appel à la résistance, au refus est d'autant plus pertinent que nous vivons dans un monde où règne la Pensée. Nous sommes envahis de publicités, d'images, de discours visant à nous dicter notre comportement. La langue, véhicule de la pensée est pris otage par les puissant de ce monde qui agissent sous l'inspiration des forces de ténèbres. Si les régimes totalitaires procèdent par des méthodes de lavage de cerveau qui ont montré leurs limites avec l'effondrement du communisme; les systèmes capitalistes ont à leur disposition un outillage autrement plus sophistiqué en maintenant les hommes dans l'illusion que leurs choix ainsi dictés s'inscrivent dans la continuité du mouvement d'émancipation de l'homme. L'homme est de nouveau manipulé, sans le savoir, et il n'est pas nécessaire de participer aux cours idéologiques, encore nombreux au MO, et dans certaines région du monde pour adhérer à la pensée unique. Décrivant cette force démoniaque qui conduit l'espèce humaine dans un processus de destruction de mort et de déshumanisation, le sage s'écrie :" Ne t'avance pas sur la piste des méchants, et ne t'engage sur le chemin des malfaiteurs, laisse-le, n'y passe pas...ils ne s'endorment pas avoir d'avoir commis le mal, ils perdent le sommeil s'ils n'ont pas provoqué la chute de quelqu'un".
 
  On n'est pas dans le péché proprement dit, mais on notre comportement n'est plus le même, la manoeuvre de séduction est amorcée. Il y a déjà en nous cette convoitise du péché, après une première résistance dans laquelle nous avons défendu le point de Dieu, nous constatons qu'après tout que l'arbre est bon à manger, agréable aux yeux, désirable pour devenir intelligent".
  Si tout semble s'être passé dans l'espace d'un instant à Éden, le changement est plus graduel chez les êtres complexes que nous sommes, avertis par les lecture de la Bible... Nous n'allons pas consulté la diseuse de bonne aventure mais il y a des horoscopes intéressantes.
"Étrange n'est-ce pas! ça coïncide! Vois le prochain", nous dit le diable.
  Le croyant commence à avoir une vision plus nuancée de la Bible, des exigences de la Parole, et cela se traduit dans son comportement de tous les jours. Il méprise les eaux de Siloé qui coulent doucement et s'émerveille  devant la grandeur des fleuves d'Assur. Il aspire à plus d'animation et se sent coincé dans le cadre "étroit" de la Bible. Certaines théologies lui semblent autrement plus intéressantes et permettent d'être plus décontractés. Ses fréquentations évoluent et il est partant plus ou moins branché. C'est bien cela ce que dit notre psaume quand il parle de "marche", terme qui peut se traduire par comportement. L'homme est déjà dans le péché sinon dans la logique du péché, mais on peut désormais se passer de ces nuances.
   L'arbre est désormais là devant qui nous tend son fruit et est d'ailleurs, c'est bien Dieu, ce Dieu bon qui l'"a planté". Et nos bras se tendent vers lui.   
   "...Qui ne s'arrête pas sur le chemin des pécheurs"
 
   Après moult hésitations le fruit défendu est goûté. Ce n'est pas si "mauvais" après tout. Le Diable te pousse à manger davantage, à te délecter du péché. Tu mords au fruit défendu à pleines dents. Satan est là qui conduit le pécheur dans la danse. Il se sent à l'aise dans l'habit du méchant gars du coin, dans ce vêtement de théologien aux vue ouvertes près à intégrer les vues de son temps, qui ne craint plus la rupture avec une orthodoxie usée par le temps. 
  Le roi David a connu cette jouissance du péché avec Bathsabé, allant jusqu'au meurtre pour protéger son péché. Elle a été de courte durée, mais il a su rompre à temps à l'appel du prophète Nathan. En effet, il est moins question de marche sur la voie du péché, dans lequel le pécheur est déjà engagé, que du fait, plus grave, de s'arrêter dans le péché.
  
  Le terme emed traduit par s'arrêter veut plutôt dire se "stabiliser" sur le chemin qui nous éloigne de la Grâce. Les pécheurs sont comme le rappelle Godet, "sont habitué à une vie coupable". Le terme khata, traduit par péché suggère davantage une déviation, que le péché dans ces manifestations les plus vulgaires, ce qui fait que le pharisien refusant la grâce était autant dans le péché que les prostitués et des percepteurs d'impôt comme Levi et Zachée, à la différence que ces derniers étaient plus conscients de leur état que les premiers. Le mathématicien Omar Khayyam connu moins pour son génie mathématique pourtant rare que ses poèmes, introduit cette anecdote dans ces quatrains:
  "Un mollah dit à une fille de mauvaise: Tu es ivre, à chaque te voici pris dans l'étreinte du premier venu, à celle-ci de répondre: Je suis bien celle que tu décris mais es-tu, toi, l'homme que tu prétends être?"
   Ici donc le psalmiste appelle le pécheur à ne pas scléroser dans le monde du péché, à ne pas prendre racine dans le chemin dévié. Il s'agit donc de l'endurcissement du péché, de la sclérose du pécheur évoqué si souvent.
   Le terme Emed a donné naissance à un autre terme traduit par colonne. En s'arrêtant sur la voie du mal, le pécheur en devient une colonne, un phare du mal où pour retourner aux symboles édéniques un arbre portant le fruit de la mort. Combien d'hommes de Dieu ont conduit d'autres croyants sur la piste du mensonge. On se souvient de la théologie de "conciliation", de dialogue interreligieux du roi Salomon qui a conduit le peuple juif sur la voie de l'idolâtrie. A l'époque de son fils, prostitués et prostituées avaient droit de cité au Temple. Les exemples sont légions dans notre époque. Quelques fois, il faut un vrai discernement spirituel pour comprendre l'étendu des dégâts. Le péché s'insinue de manières différentes dans la vie des uns et des autres, quelque de manière très subtile.
  Il va de soi que l'homme qui n'a pas les attraits de la prostitué, le génie musicale d'un Elvis Presley ou le raffinement philosophique du roi Salomon, péchera d'une manière différente et ne se verra pas sa carte de membre retiré. Il pourra exercer à sa manière l'attraction du péché au sein de l'Église, décourager les croyants y semer la discorde. Il y a une attraction du péché, qui va des formes les plus vulgaires à des formes plus subtiles.
  
  "  Et qui ne s'assied pas en compagnie des moqueurs".
  
   La traduction de Chouraqui rend le verset de la manière suivante:"qui n'habite pas l'habitat des railleurs". Le termes termes rendus par sièges et s'asseoir signifient aussi demeure et demeurer, habitat et habiter. Il s'agit de la dernière étape que connaît l'éclosion du péché. L'homme vaincu par le mal est désormais imperméable à la Parole, il rappelle ces vampires de nos légendes modernes qui ne se réveillent que la nuit de leur cercueil pour sucer le sang des vivants. Il répugne à la lumière du Soleil de la vie qu'est Christ et pire la combat de toutes ses forces.
   C'est l'état le plus critique où l'on se rapproche du blasphème. Les railleries contre la voix prophétique à l'époque d'Esaïe terminent par le célèbre:"Mangeons et buvons, car demain nous mourrons ". La sentence de Dieu tombe aussitôt: "Jamais ce péché ne vous sera pardonné que ne soyez morts".
 
   Le combat mené contre la Parole par l'homme déchu de la Grâce peut prendre diverses formes suivant sa position par rapport à l'Église. Satan aimer à laisser ses pions à l'intérieur des églises où ils peuvent entendre sa voix. Il peut s'agir de voix très écoutées à cause de leur érudition ou de prédicateurs capables d'électriser les foules, peu importe. Il peut s'agir d'action tournant en dérision la Parole divine, le NT connaît le péché contre le Saint-Esprit qui n'est pardonné ni dans ce monde, ni dans celui à venir.
Il est frappant de constater que ce péché n'est pas signalé par rapport aux paroles des saducéens ou d'hérodiens mais l'avertissement, ou plutôt, la condamnation, vise plutôt des pharisiens et des scribes bien versés dans la Loi, respectés du peuple. C'est à eux et non aux prêtres  que le Seigneur s'adresse en disant " votre péché demeure". Ce sont que le Seigneur qualifie d'oiseaux nocturnes "fuyant la lumière" et la combattant. Et oui, il peut y avoir des vampires parmi nous!
  Où que nous soyons, nous pouvons faire nôtre cet appel du Seigneur:
   " Aujourd'hui si vous entendez Sa Voix, Aujourd'hui, si vous entendez sa voix,
     N'endurcissez pas vos coeurs, comme lors de la révolte, Le jour de la tentation dans le désert,
    Où vos pères me tentèrent, Pour m'éprouver, et ils virent mes oeuvres Pendant quarante ans.
    Aussi je fus irrité contre cette génération, et je dis : Ils ont toujours un coeur qui s'égare. Ils n'ont pas connu mes voies.
    Je jurai donc dans ma colère : Ils n'entreront pas dans mon repos !
Nous évoquerons dans notre prochaine étude, la manière de se manière à l'écoute de cette Voix qui retentit à travers l'Ecriture Sainte.
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