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Le blog d'Andronicus Khandjani

Je veux faire connaitre la Bible à mes contemporains. A travers la Bible, Dieu parle aux hommes, sans ce Message l'humanité perd sa part d'humanité

De l'hérésie gnostique à Corinthe?

Dans cet exposé, je vais évoquer l’influence du contexte culturel sur la crise corinthienne en expliquant celle-ci comme la résultante d’une série de facteurs susceptibles de permettre l’appréhension de cette évolution dramatique.
L’influence du « protognosticisme » explique-t-elle l’attitude des Corinthiens, telle qu’elle ressort de l’épître ?
Du moins peut-on le considérer comme le principal aspect de la crise corinthienne, qui comme nous allons le développer résulte également d’autres facteurs à ne point négliger pour avoir un tableau plus complet
de la situation dans l’assemblée ou les assemblées de Corinthe.
Avant d'entamer développement nous aimerions commencer par nuancer la portée des expressions telles que protognosticisme ou gnosticisme naissant lesquels impliquent qu'un processus est déjà en cours. Je ne crois pas que la crise corinthienne constitue l’acte de naissance d'un mouvement qui prendra corps, au plus tard au deuxième siècle. Aux termes « gnosticisme naissant » ou protognosticisme qui accusent une telle lecture de l’épître, j’ose suggérer, humblement, les termes plus nuancés de « glissement vers l"hérésie protognostique » ou « d"influence protognostique ». Ce dernier utilisé, dans la question, aurait l’avantage, à mon humble avis, d’évacuer l’idée de processus ou de mouvement continu sous-jacent à ces trois termes qui accuse une lecture que ne semble pas autoriser une lecture du texte seul. En effet alors que dans l’épître de Paul aux Colossiens le ton adopté par Paul se fait plus polémique, dans la mesure où il se trouve en face à des mouvements protognostiques avec des « philosophes » (Col. 2 :8) et même des « visionnaires »(verset18), le ton de l’apôtre se fait, dans I Corinthiens nuancé, plus paternel et moins directe, dans la mesure où il n’attaque pas de front, du moins tel est l’impression que j’ai eu après mes études sur l’épître. Certes nous allons trouver dans II Corinthiens( l’épître pourrait être constituée de plusieurs épître de Paul rassemblé par la suite), des allusions plus ou moins explicites à l’arbre de la connaissance du bien et du mal par lequel l’Ennemi a séduit Eve, mais là encore il semble ressortir du texte que les adversaires de Paul, ces « super-apôtres » (II Cor. 12 :11) soient d’origine juive et peut-être même s'agit-il d’ « hébreux » venus de Jérusalem ou de Syrie en contre-mission. La situation sous-jacente à II Cor. 10-13 semble supposer de nouvelles évolutions de la crise compte tenu de l'entrée en scène de nouveaux protagonistes, peut-être tentés par une pêche en « eaux troubles ». Dans I Corinthiens il semble que certains grecs aient tenté de « jouer au philosophe et à l"accoucheur d'âmes ».
Le ton de la salutation invite à croire qu'en dépit des problèmes auxquels ils se trouvent confrontés, les Corinthiens sont de véritables chrétiens en possession du salut ou « en train d'être sauvés » selon l'expression plus nuancée de Paul (expression qui trouve peut-on son explication dans la situation de crise et don’t I Cor. 10, 1-13 pourrait constituer le développement) et manifestant les charismes de l’Esprit.
En dépit de certaines réserves sur l’expression protognosticisme en tant que contenant, nous rejoignons l’idée qui la sous-tend au niveau du contenu d’autant plus que le problème des grecs (peut-être la question d’une hellénisation de l’Evangile commençait-elle déjà à se poser) est mis plus ou moins en rapport avec la notion héllénique de la « Sagesse ». « …les Juifs réclament des signes miraculeux et…de l'autre, les Grecs recherchent lasagesse" ». Cette affirmation éloquente porte le débat sur le terrain culturel ou métaculturel( je ne crois pas qu’une certaine culture puisse-être un obstacle à l’Évangile puisqu’il est aussi question des Juifs, mais plutôt qu’un attachement à ce qui est le fruit de la chute est à la source des dérives spirituels dans la mesure où elle entre en conflit avec la culture biblique partant évangélique). En fait la culture portée dans une certaine mesure par le langage véhicule une certaine vision du monde, une certaine philosophie qui commande dans une certaine mesure l’attitude des uns et des autres. Pour les Grecs, manifestement majoritaires dans l’assemblée ou les assemblées de Corinthe le problème culturel commence à se poser en des termes d’autant plus inquiétants que le contenu philosophique commence à s’infiltrer dans le contenant évangélique. Pour les Grecs de l’époque et toujours dans une certaine mesure pour les mysticisme orientale (le terme ‘Erfan’ qui signifie mystique en arabe et en farsi est l’équivalent étymologique du grec gnose) l’homme se doit de s’éveiller à la sagesse divine. Or pour Socrate la science est contenue dans l'âme de sorte qu'on peut l’en extraire. Fort de cette certitude, il aurait inauguré sa « maïeutique » méthode par laquelle il aurait amené « ses interlocuteurs à découvrir des vérités qu’ils portaient en eux-mêmes, sans le savoir ». A la suite de son maître, Platon va affirmer que la présence de cette science ne s'explique que par l'immortalité de l'âme, en d'autres termes, cette science est perçue comme le souvenir d'une vérité expérimentée par l'âme au cours d'une autre existence. Toujours pour Platon, c’est par une sorte de violence contraire à sa nature divine que l'homme a été unie au corps. Preuve en soit, explique-t-il, le trouble que le corps apporte aux opérations de l'âme. Cette pensée dualiste portait en germe les crises qu’allaient connaître les Juifs alexandrins et partant les chrétiens.
 
Au niveau du monde, le néo-platonisme va influencer les écrits des juifs alexandrins. Dans ce sens le « livre de la Sagesse » semble un début et les écrits de Philon une sorte d’aboutissement d’un processus timide de syncrétisme au niveau du monde juif alexandrin. On constate, selon un spécialiste que dans le livre de la Sagesse que « des conceptions bibliques sont exprimés, examinés et parfois même infléchis au moyen d"un vocabulaire et de notions d"origine grecque ».
  A Corinthe, ville où certains milieux peuvent avoir été en contact avec les écrits de Philon, l’apport néo-platonicienne induit une situation dramatique dans la mesure où contrairement à Philon et au juif alexandrins, les corinthiens d’origine grecque devaient avoir une culture biblique plutôt mince. Ainsi pour certains, la connaissance et la sagesse, commandait le salut leur conférant une situation particulière. Il est fort possible que la présence des charismes parmi lesquels la glossolalie leur donnait un sentiment de supériorité et d’orgueil. Ils étaient désormais des rois et pouvaient juger de tout et n’ « être jugés  de personne ». On peut facilement s’imaginer le comportement de ces personnes qui s’imaginaient avoir éveillé en eux la vrai sagesse et l’étincelle divine qui se trouvaient déjà en eux, selon l’enseignement philosophique de l’époque. Comme il arrive souvent dans ce genre de situation, l’état d’esprit de ceux qui ont la connaissance et pour qui, de ce fait, «tout est permis » se traduit par des comportements excentriques et pleins mépris, susceptible de mettre en péril l’unité de l’Église et à termes son orthodoxie. On allait des adultères à un ascétisme infondé.
Paul rappelle, à ses lecteurs, que c’est par une révélation de l’Esprit de Dieu, cet Esprit qui connaît les profondeurs de Dieu, que l’on accède au salut. Cette affirmation rejette implicitement l’idée d’un éveil intérieur à la vérité dont se targuaient les « pneumatikoi » de Corinthe. Il rappelle que si l’éveil à la sagesse commandait le salut, les philosophes et intellectuels de Corinthe auraient été les seuls sauvés. Or l’Église de Corinthe ne comptaient pas beaucoup d’intellectuels ! Paul tente de manière plus ou moins implicite et avec un ton ironique, mais avec une douceur extraordinaire, de montrer l’inconséquence de leurs affirmations et remet les pendules à l’heure en avertissant du risque de disqualication auxquels ils se sont exposés.
D’autres part, le reflux du dualisme hellénique qui accompagnait ce processus relançait le débat sur la résurrection, phénomène d’autant plus inacceptable dans la mentalité mystique grecque qui aspirait à se débarrasser de la matière cette prison de l’âme, cet héritage de la « chute ». A rebours de certains courants juifs alexandrins Paul ne capitule pas devant l’incrédulité grecque et repose le principe de la résurrection corporelle.
Si le problème de Corinthe tel qu’exprimé dans I Corinthiens, trouve son origine dans le dualisme et le syncrétisme ambiant qui va, au contact de la foi, chrétienne donner naissance au protognosticisme et partant au gnoticisme, on ne limiter l’explication à ce seul facteur. Les problèmes culturelles n’engendrent des problèmes aussi grave que sous certaines conditions.
Certains indices de l’épître nous permettent de saisir, dans une certaine mesure le pourquoi du reflux de la culture hellénique dans l’assemblée de Corinthe. Les divisions suggèrent une sorte « an-archie » au sens propre du terme dans l’Église de Corinthe. On a des difficultés à discerner un quelconque leadership au sein d’une Église qui semble être avec Éphèse l’une des plus importantes communautés chrétiennes fondées par Paul. Cette situation s’explique difficilement dans la mesure où l’Église de Corinthe devait compter dans ces rangs un homme expérimenté comme Crispus et un petit nombre de juifs gagnés par l’apôtre à la foi chrétienne.Or ces juifs on ne les voit pas. On sait que l’autre président de la synagogue, Sosthène, se trouvait aux côtés de l’apôtre après avoir été obligés de quitter la ville suite à une persécution (Actes 18 :17). Comme pourrait le suggérer Actes 18 :18, il est fort possible que les Juifs gagnés par la foi, don’t Crispus, aient été obligés de quitter Corinthe entre temps. L’arrivée d’Apollos a certainement contribué à la croissance de l’Église, mais toujours est-il que certaines condition, peut-être l’animosité des juifs l’ait obliger de quitter Corinthe. L’arrivée, dans l’entre-temps d’un groupe( dont le rôle n’est pas capital dans la crise d’I Corinthiens) se réclamant de Simon Pierre, leader charismatique de l’Église a sans doute peut-être servi de catalyseur à la crise, certains prenant position pour l’un ou pour l’autre des leaders et d’autres optant pour un Christ acclimaté à la pensée hellénique.
L’absence d’anciens à l’Église a favorisé l’émergence de personnalités, peut-être plus cultivées que les autres mais ayant une culture biblique plutôt mince d’où ce que certains ont qualifié de laxisme des leaders de l’Église de Corinthe. Plutôt que de parler d’anciens, on devrait comme l’épître semble le suggérer, de personnalités en vue influençant les autres membres du troupeau.
Toujours est-il que comme l’ont justement signalé Calvin et Darby, nous sommes en face de véritables chrétiens plus ou moins désorbités. Le risque était comme fait observer un commentateur que l’ « on introduise parmi les saints des âmes gagnées par ces fausses doctrines ». Les corinthiens, abandonnés dans une certaine mesure à eux mêmes étaient pour ainsi dire à deux pas de la chute.
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