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Le blog d'Andronicus Khandjani

Je veux faire connaitre la Bible à mes contemporains. A travers la Bible, Dieu parle aux hommes, sans ce Message l'humanité perd sa part d'humanité

La question des vierges dans 1 Corinthiens

OBJET DE L’ETUDE

 

L’étude des différentes traductions met en exergue les problèmes liés à la compréhension

d’I Corinthiens 7. En effet, l’étudiant se trouve confronté à un passage susceptible d’une pluralité de lectures qui semblent a priori s’exclure. Le problème de la traduction jaillit notamment dans les versets 25-38 et notamment 36-38 où il est particulièrement question des vierges, et plus précisément de l’attitude à adopter à l’égard de celles-ci par rapport à la question du mariage. La question qui vient de prime à l’esprit du commentateur est celle de savoir à qui le passage s’adresse et c’est surtout ici que vont surgir les plus grandes difficultés dans la mesure où cette question rend impératif son tour une bonne compréhension du message paulinien. En procédant par élimination et par confrontation aux différents contextes bibliques d’une part et en soumettant les différentes lectures à la critique grammaticale de l’autre, nous tenterons de dégager une lecture évangélique de ces versets.

 

Les “ vierges ”

L’apôtre s’adresse aux versets 25 aux “ παρθενοι ” terme que les versions traditionnelles traduisent par “ vierges ”. C’est la lecture du verset que certaines traductions modernes comme la TOB, la New American Bible et les correcteurs de la traductions de Luther(1975) ont adoptée. Une autre lecture que suit la version du “ Semeur ”[1] et le “ Netsle-Aland ”[2] préfère le terme non-marié. C’est notre position.  Le terme παρθενοι semble en effet désigner les non-mariés des deux sexes, c’est d’ailleurs dans ce sens que sont avancés Wesley et Adam Clarke[3]. La logique du contexte suggère cette solution qui ne heurte pas le grec lequel utilise parthenos relativement à des hommes(cf. Apocalypse 14 :4). Dans le verset 26, il invite en effet tout un chacun à “ demeurer tel qu’il est ”. Le mot ανθροπος-ω suggère les deux sexes. Dans la même lancée, le verset suivant s’adresse directement aux hommes célibataires avant d’interpeller la situation des jeunes filles au verset 28 aux jeunes filles. On pourrait objecter qu’il est aussi question, dans le contexte, de la situation d’un homme “ lié à une femme ”, en d’autres termes Paul ne revient qu’au verset 28, après une digression, au problème des parthenoi, c’est-à-dire des jeunes filles. A notre avis, seule le verset 27-a constitue une digression, le reste forme un tout cohérent pourvu que l’on prenne le terme parthenoi dans un sens élargi. Nous rappellerons ici que la méthode utilisée par Paul pour développer les thèmes “ suit d’autres cheminements que le cheminement cartésien ”[1], auquel l’homme contemporain occidental est habitué. Ainsi la lecture du Corpus paulinien nous habitue à des digressions qui peuvent désorienter le lecteur moderne.
Nous commencerons par étudier  quelques mots du texte originel pour pouvoir mieux appréhender le problème qui se pose au niveau de la compréhension dans la langue cible :
 
“ ΕΙ ΔΕ ΤΙΣ ΑΣΧΗΜΟΝΕΙΝ ΕΠΙ ΤΗΣ ΠΑΡΘΕΝΟΝ ΑΥΤΟΥ  ΝΟΜΙΖΕΙ, ΕΑΝ Η ΥΠΕΡΑΚΜΟΣ ΚΑΙ ΟΥΤΩΣ ΟΦΕΙΛΕ
Ι ΓΙΝΕΣΘΑΙ, Ο ΦΕΛΕΙ ΠΟΙΕΤΩ, ΟΥΧ ΑΜΑΡΤΑΝΕΙ, ΓΑΜΕΙΤΩΣΑΝ.
[5]
Pour illustrer le problème de la traduction, prenons le cas du premier verset :
ΑΣΧΗΜΟΝΕΙΝ signifie à la fois se comporter mal et ne pas respecter avec une suggestion d’acte honteux et d’exposition susceptible de créer une situation de honte(ασχημοδυνη) [4]
ΥΠΕΡΑΚΜΟΣ exprime à la fois le fait que la parthenos est arrivée à la fin de l’âge de mariage mais aussi le désir d’un homme pour sa parthenos ou plus simplement la passion qui atteint un stade difficile à gérer.
L’expression ΟΥΤΩΣ ΟΦΕΙΛΕΙ ΓΙΝΕΣΘΑΙ suggère une réponse à la situation d’urgence qui découle de ce qui a été évoqué dans le membre précédent du verset. Paradoxalement, il peut intégrer les différentes façons de lire le membre précédent, situation qui empêche une conclusion excluant forcément une option.
Le traducteur pourrait être donc amené à traduire selon le point de vue qui correspond le mieux à sa manière de lire les Ecritures ou à sa théologie.
Le point de vue traditionnel se reflète dans la traduction de la Bible “ à la colombe ” :
“ Si quelqu’un (le père ou le tuteur) estime déshonorant  pour sa fille (vierge) de dépasser l’âge nubile et qu’il doive en être ainsi, qu’il fasse ce qu’il veut, il ne pèche pas ; qu’on se marie.  Mais celui qui tient ferme en lui-même, sans contrainte et avec l’exercice de sa propre volonté et qui a décidé de garder sa vierge, celui-là fait bien. Ainsi, celui qui donne sa fille en mariage fait bien, celui qui ne la donne pas fait mieux. ”
Une autre manière de lire le verset se reflète dans la relative majorité des traductions modernes comme celle de la TOB :
“ Si quelqu’un, débordant d’ardeur, pense qu’il ne saura respecter sa fiancée et que les choses doivent suivre leur cours, qu’il fasse selon son idée. Il ne pèche pas : qu’ils se marient. Mais celui qui a pris une ferme résolution, hors de toute contrainte et qui, en pleine possession de sa volonté, a pris en son for intérieur la décision de respecter sa fiancée, celui-là fera bien. Ainsi celui qui épouse sa fiancée fait bien, et celui qui ne l’épouse pas fera encore mieux. ”
Une troisième manière de lire le verset se retrouve la Bible “ du Semeur ” : “ Mas si un [fiancé] craint de mal se comporter envers sa fiancée, et pense que les chosent doivent suivre leur cours normal, qu’il fasse ce qui lui semble bon ; il ne commet pas de faute. Que ces fiancés  se marient donc ! 
Si un fiancé a pris en lui-même une ferme résolution, sans y être contraint, mais dans la pleine possession de sa volonté, si la décision qu’il a ainsi prise en lui-même est de rester célibataire, il fera bien. En somme, celui qui épouse sa fiancée fait bien, et celui qui ne l’épouse pas fait mieux. ”
 
On pourrait également citer la traduction de Darby pour qui le problème ne se pose pas en termes de relation père-fille. Il s’agirait en fait, selon lui, du propre état personnel, ou  en d’autres termes, de la “ virginité ” du chrétien :
“ 36 Mais si quelqu’un estime qu’il agit d’une manière inconvenante à l’égard de sa virginité, et qu’elle ait passé la fleur de son âge, et qu’il faut que cela soit ainsi, qu’il fasse ce qu’il veut : il ne pèche pas ; — qu’ils se marient… ”.


 art.jpg
 

 

La nature du problème

 
Le problème principal vient de notre compréhension de la pensée de Paul. Avant de traduire, le traducteur se doit d’avoir une compréhension de la pensée qui anime l’auteur, ce qui implique un effort pour resituer mentalement le texte à traduire dans son contexte immédiat. Il s’agit ici de répondre à deux questions :
  1. S’agit-il d’une relation père-fille (ou tuteur-fille),d’une relation fiancé-fiancée, époux-épouse ou de l’état personnel du (de la) chrétien-ne ?
  2. Paul est-il opposé au mariage en quoi il ne voit qu’une manière de fuir le péché ?
Cette deuxième question hante le lecteur dès le début du chapitre.
 

De quel type de relation s’agit-il ?

 
Les traductions traditionnelles dans le sillage desquels la traduction “ à la Colombe ” se situe, optent pour le père. Voici en exemple le commentaire que fait le célèbre théologien Matthew Henri, à ce sujet :
“ In this passage the apostle is commonly supposed to give advice about the disposal of children in marriage, upon the principle of his former determination... "Now," says the apostle, "if any man thinks he behaves unhandsomely towards his daughter, and that it is not for her credit to remain unmarried, when she is of full age, and that upon this principle it is needful to dispose of her in marriage, he may use his pleasure. It is no sin in him to dispose of her to a suitable mate..."[2]
 
 Cette lecture s’appuie sur l’autorité que semble exercer, l’homme à qui le verset s’adresse sur la “ parthenos ”. D’ailleurs conformément aux Ecritures, c’est au père de décider du mariage de sa fille. Il est en effet écrit : “ Et quand un homme séduira une vierge non fiancée et couchera avec elle, il devra verser la dot pour en faire sa femme. Si le père refuse de la lui donner, l’homme paiera en argent comme pour la dot des vierges ”.(Exode 22. 15-16-TOB).[6] On objectera sans doute que Paul aurait pu utiliser un mot moins équivoque, comme “ fille ” par exemple. On peut tenter de  répondre que Paul a voulu s’adresser au tuteur de la fille qui peut ne pas être le père. L’homme à qui le verset s’adresse pourrait être celui qui vient remplacer le père à la mort de ce dernier. On peut aller plus loin en disant que dans certaines cultures, c’est le rôle d’un autre membre de la famille qui est déterminant dans le mariage de la fille. On sait qu’à l’époque patriarcale, c’est au frère que revenait de fait le dernier mot.  Dans le mariage de Rébecca, en effet, Béthuel joue un rôle plutôt effacé et c’est Laban qui semble avoir le principal rôle. C’est vrai que ce dernier qui va décider du mariage de ses filles à son neveu Jacob, mais là encore le contexte invite à penser qu’il n’avait pas encore de fils. Dans certains groupes matriarcaux  ou matriarcalisants, c’est l’oncle maternel qui remplace le père dans son rôle de tuteur.
Sur le plan, grammatical on connaît un sens causatif à ιζο.
Ceci étant, il est possible de constituer une objection à l’argumentation précitée. D’abord, les textes bibliques invitent  à permettre à l’intéressée d’intervenir quand il est question de son mariage(Genèse 21.57) et puis on ne saurait exclusivement prendre pour point de départ un texte qui répond à “ la dureté de cœur ” des anciens Israélites. Et enfin le célibat est avant tout présenté comme un charisme venant de Dieu. Comme le montre I Timothée 5.14, l’apôtre n’est pas sans ignorer des désirs susceptibles de créer des scandales s’ils ne sont pas gérés dans le cadre du mariage.
En tenant compte de la structure des phrases, on peut dégager deux objections linguistiques : 
 
      1.On devrait trouver “ qu’elle se marie ” alors qu’on trouve   
         l’injonction “ qu’ils se marient ” ou “ qu’on se marie ”.
         le point de vue traditionnel supposerait alors que le père ou le
         tuteur de la fille a interrompu des fiançailles en cours et qu’il
         devrait permettre aux choses d’évoluer normalement. C’est
         possible, compte tenu des pressions des pneumatikoi, mais fort
         peu probable.
      2.Le verbe “ γαμιζω ” n’avait pas toujours le sens de “ donner en
  mariage ”. Un tel usage n’est pas signalé à l’époque du NT où ιζω
         n’avait pas le sens causatif qu’il a eu par la suite. [7]
 
Une autre lecture veut qu’il soit question dans le contexte du propre état personnel, “ de la virginité ” du chrétien. Des auteurs comme Darby vont en ce sens.  Voici le commentaire qu’il propose :
“ On remarquera qu’il ne s’agit pas dans ce passage de la fille du chrétien, mais du propre état personnel de celui-ci. Si l’homme lui-même tient ferme et a pouvoir sur sa propre volonté, c’est la meilleure voie ; s’il se marie, il fait, bien, s’il ne se marie pas, c’est mieux encore. Il en est de même pour la femme. Si l’apôtre disait que, à son avis, cela était mieux, il avait l’Esprit de Dieu. Son expérience, s’il n’y avait pas de commandement, n’était pas une expérience faite sans l’Esprit, mais c’était celle d’un homme qui, si quelqu’un en avait le droit, pouvait dire qu’il avait l’Esprit de Dieu. ”[3]
 
C’est aussi là, la position d’Adam Clarke qui se montre plus explicite et plus persuasif à ce sujet :
 
"The apostle by parqenov, does not mean a virgin, but the state of virginity or celibacy, whether in man or woman." Both Mr. Locke and Dr. Whitby are of this opinion, and the latter reasons on it thus:- It is generally supposed that these three verses relate to virgins under the power of parents and guardians and the usual inference is, that children are to be disposed of in marriage by the parents, guardians, &c. Now this may be true, but it has no foundation in the text, for threin thn eautou parqenon is not to keep his daughter's, but his own virginity, or rather his purpose of virginity; for, as Phavorinus says, He is called a virgin who freely gives himself up to the Lord, renouncing matrimony, and preferring a life spent in continency. And that this must be the true import of these words appears from this consideration, that this depends upon the purpose of his own heart, and the power he has over his own will, and the no necessity arising from himself to change this purpose.”[4]
Cet argument ne pose pas problème sur le plan théologique dans la mesure où il ne contredit pas les autres parties de l’Ecriture. En effet, on ne voit pas un père ou un tuteur décider unilatéralement que sa fille ne se marierait pas d’une part et de l’autre c’est le chrétien lui-même qui doit juger s’il doit s’engager dans une vie de couple ou non. Ceci étant le problème principal se pose au niveau du sens à donner au terme grec παρθενος qu’on veut traduire par virginité.  Dans les LXX, c’est le terme παρθενια qui est utilisé pour exprimer l’état de la parthenos(cf. Deut 22.15 ; Jg 11 : 37), Luc utilise le terme relativement à Anne la prophétesse (Lc 2.36). Ce serait donc, à mon humble avis, faire violence au texte que de vouloir traduire parthenos par virginité.
Cette thèse semble avoir été abandonnée par les modernes.
La New English Bible propose de voir ici un mariage spirituel, le couple vivrait ensemble sans pour autant consommer son mariage. L’ascétisme des Corinthiens rend possible une telle situation. D’ailleurs la culture grecque connaît “ la femme des conversations ”. Il est donc tout à fait possible que des frères et des sœurs aient opté pour une communion spirituelle plus étroite, une sorte de “ mariage mystique ”. Ensuite certains de ces “ couples spirituels ” auraient voulu aller plus loin en dépit des pressions des “ pneumatiques ”. Le problème dans tout cela c’est que la Bible ne connaît pas un tel mariage même si le magistère romain cherche à présenter en ces termes les relations au sein de la Sainte Famille. Ensuite, en se montrant indulgent vis-à-vis de cette situation Paul se contredit lui-même dans la mesure où il invite, au verset 5 à la rigueur, le couple à la communion charnelle. On pourrait objecter que pour Paul c’est l’harmonie qui importe et que pourvu que tout soit fait d’ “ un commun accord ”, le problème ne se pose plus. A notre humble sens, l’apôtre n’aurait pas pu souscrire à des initiatives non bibliques susceptibles de faire école. Derrière tout cela il y l’idée que Paul serait un anti-mariage, idée que nous contestons dans la mesure où comme je tenterai de le démontrer le célibat se décline en des termes différents pour l’apôtre.
La dernière hypothèse suggère de traduire parthenos par “ fiancée ”. Cette traduction rallie les suffrages d’un grand nombre de commentateurs modernes. Si TOB et la traduction “ du Semeur ” semblent converger sur plan général, les mots utilisés dans l’une et l’autre des versions suggèrent de sérieuses divergences théologiques entre elles.
La comparaison entre ces deux excellentes traductions de l’Ecriture nous conduit inévitablement à la deuxième question brûlante à savoir si Paul est un anti-mariage ou non.
Confrontons d’abord les deux traductions :
“ Si quelqu’un, débordant d’ardeur, pense qu’il ne saura respecter sa fiancée et que les choses doivent suivre leur cours, qu’il fasse selon son idée. Il ne pèche pas : qu’ils se marient. Mais celui qui a pris une ferme résolution, hors de toute contrainte et qui, en pleine possession de sa volonté, a pris en son for intérieur la décision de respecter sa fiancée, celui-là fera bien. Ainsi celui qui épouse sa fiancé fait bien, et celui qui ne l’épouse pas fera encore mieux. ”(TOB)
“ Mas si un [fiancé] craint de mal se comporter envers sa fiancée, et pense que les chosent doivent suivre leur cours normal, qu’il fasse ce qui lui semble bon ; il ne commet pas de faute. Que ces fiancés  se marient donc ! 
Si un fiancé a pris en lui-même une ferme résolution, sans y être contraint, mais dans la pleine possession de sa volonté, si la décision qu’il a ainsi prise en lui-même est de rester célibataire, il fera bien. En somme, celui qui épouse sa fiancée fait bien, et celui qui ne l’épouse pas fait mieux ” (SEMEUR)
 
Je vais évoquer les implications possibles de la traduction proposée par la TOB :
 
Quand nous sommes confrontés à des textes comme I Timothée 5 :14 où Paul se fait explicitement l’avocat du remariage des jeunes veuves, il veut en effet que “ les jeunes veuves se remarient ” ; on peut conclure soit que
1.      L’apôtre a évolué dans ses positions épousant une attitude plus réaliste.
2.      L’auteur des Pastorales serait un autre que Paul comme certains ont pensé.
3.      Il faut comprendre les différentes réponses de l’apôtre suivant les contextes dans lesquels elles peuvent s’inscrire.
4.      La réponse de l’apôtre est conjoncturelle
 
 
La deuxième réponse suppose une pluralité des théologies dans le NT et partant dans la Bible, il y aurait la position paulinienne, très radicales d’une part, et de l’autre, une posture néo-paulienne qui reflèterait l’inadéquation des exigences radicales de Paul par rapport au réalisme du vécu et par conséquent, l’option pour une position plus réaliste, taxée parfois de “ bourgeoise. ” C’est cette posture qui semble sous-tendre l’attitude des traducteurs de la TOB (traduction certes excellente mais qui reflète un peu la position de l’école critique.) Dans cette traduction le premier verset du chapitre 7 reflète l’avis de l’apôtre lui-même : “ Venons-en à ce que vous m’avez écrit. Il est bon pour l’homme de s’abstenir de la femme. ” Si cette traduction se retrouve également dans les versions traditionnelles comme Louis Second, Darby et d’autres, elle commande ici-du m’en semble-t-il-pour les traducteurs de la TOB la posture à adopter pour la traduction du texte.
Il en résulte que Paul apparaît comme un anti-mariage qui verrait dans les liens conjugaux un simple bastion contre l’immoralité, en somme un non-péché par rapport au péché  qu’est l’inconduite. Cette traduction s’inscrirait par ailleurs s’appuyer sur le fait que Paul dit lui-même aux “ célibataires et aux veuves qu’il est bon de rester ainsi, comme moi. ” Il s’ensuit logiquement que pour l’apôtre celui qui veut épouser sa fiancée est “ débordant d’ardeur ”, le terme étant un euphémisme pour ne pas dire “ impulsif ”, la personne concernée n’ayant pas assez de volonté pour “ respecter ” sa fiancée. Une référence de la TOB renvoie à Genèse 2,18 insistant implicitement sur une nouvelle approche théologique, en d’autres termes soit Dieu aurait changé de parole, soit l’auteur de la Genèse, le yahwiste lui aurait prêté des paroles qui ne sont pas les siennes.
Ces propos reviennent à dire que les auteurs sacrés ont menti, même si dans un monde où on ne pense plus en termes de thèse et d’antithèse, on ne dit pas les choses comme cela. La position de la TOB n’est pas très loin de celle défendue par la version anglaise New English Bible dans la mesure où c’est le fiancé qui semble avoir autorité sur sa fiancée. Le fiancé serait en quelque sorte l’époux de sa fiancée. Dans ce cas la rupture serait une répudiation pure et simple. Nous retrouvons ce principe dans Matthieu 1:18,19 où Marie est l’épouse légale de Joseph lequel voulait la “ répudier secrètement. ” Or il n’est point d’usage que l’on répudie une fiancée, on met plutôt fin a des fiançailles qui n’engagent point légalement les fiancés. Paul se contredirait alors dans la mesure où, au verset 27, il demande à l’homme à ne pas rompre les liens conjugaux.
 
L’autorité supposée du “ fiancé ” sur la fiancée est telle que les traducteurs traditionnels ont préféré attribuer celle-ci au tuteur de la vierge. On voit assez mal un fiancé décider du sort de sa fiancée. L’hypothèse d’ “un mariage spirituel ”, quoique peu probable dans une période aussi tendue reste à notre humble avis plus conséquente dans la mesure où elle rend compte de l’autorité de l’autorité présumé de l’homme.
La traduction de la TOB suppose d’ailleurs que Paul n’est pas très loin de la position des “ spirituels ” de Corinthe. Mais est-ce possible ?
N’oublions pas que Paul n’est pas grec mais juif et que le mariage n’a rien de blâmable chez les Juifs, au contraire c’est le célibat qui peut provoquer des reproches. Il y a eu certes le célibat de Jérémie mais cet état du prophète lançait un message prophétique de condamnation comme d’ailleurs le veuvage d’Ezechiel. Si Elie et Elisée sont célibataires, c’est pour se consacrer au service du Seigneur. Jésus lui même rappelle que “ personne ne doit séparer ce que Dieu a uni ” et que si certains “ se font eunnuques ”  c’est “ à cause du royaume des Cieux ”. C’est dans cette ligne que se situe Paul qui rappelle que “ celui qui n’est pas marié se préoccupe des intérêts du Seigneur. Son seul souci est de lui plaire…la veuve et la jeune fille n’ont d’autre souci que les intérêts du Seigneur, pas d’autre désir que de se dévouer à lui corps et âme ”. C’est pourquoi “ celui qui ne se marie pas fait mieux ”. Il est également question des “ détresses ” et des bouleversements situation auxquelles le célibataire peut mieux faire face.
En procédant par élimination, nous arrivons à la dernière thèse, celle exprimée dans la traduction “ du Semeur ”.
La situation se présente ainsi :
Suite aux pressions des “ spirituels ”, certains célibataires ayant pris des pré-engagements ont été obligés de suspendre les fiançailles. Paul rappelle que toute décision à ce sujet doit être prise non suite à des pressions “ mais dans la pleine possession de la volonté ”[5]. Il rappelle que le fiancé qui se sent poussé à rompre ne doit pas être hanté par l’idée de s’être “ mal comporter envers sa fiancée ”. Par un jeu de mots il suggère, entre les lignes, que si la parthenos a atteint la fleur de l’âge, il serait mauvais et malséant de mettre fin aux fiançailles. Cet acte pourrait l’exposer au scandale. Le terme utilisé signifie aussi que le désir du fiancé pour sa fiancée peut trop fort pour être géré, d’où l’urgence d’aller de l’avant.
C’est en clair ce qu’on peut lire entre les lignes dans cette réponse de Paul.
 
Conclusion :
Cette partie de l’épître exprime à sa manière les tensions que vivent les Corinthiens d’abord entre eux mais aussi face aux détresses qui découlent de l’opposition de certains milieux païens et juifs à la foi chrétienne. C’est peut-être à cause de cette situation que Paul “ ménage ” les spirituels  ainsi plutôt que de chercher à s’opposer de front à ces derniers, il va essayer de réintroduire la pensée judéo-chrétienne sur le mariage et le célibat(état qui permet en effet d’être plus disponible pour le Seigneur). Le message de Paul est à la foi subtil et subversif face à la tendance qui se dessine. Par un jeu de mots difficile à traduire, il montre aux “ pneumatiques ”, l’inconséquence de leur ascétisme qui risque de les conduire à une vie de débaucher ;“ Il vaut mieux se marier que de se consumer dans des désirs inassouvis ”, rappelle-t-il. L’apôtre met en exergue le fait que le célibat est un charisme comme d’ailleurs le mariage. Il explique pourquoi il serait mieux de s’abstenir du mariage.
D’autre part, l’on assiste à Corinthe au début d’un processus qui conduira certains chrétiens à considérer le célibat comme un état supérieur, sur le plan de la sainteté, à celui du mariage. On verra, peut-être deux décennies plus tard, des chrétiens interdire le mariage(I Timothée 4.3). Certaines églises interdiront le mariage aux membres du clergé. Les résultats de ces élans spirituels déplacés ne font pas la gloire de Dieu, comme le prouvent les nombreux scandales dont témoignent et l’histoire et la presse contemporaine. A rebours, certains courants chrétiens poussent le serviteur de Dieu à se marier. Aux uns et aux autres, Paul a un message : Laissez à chacun vivre son charisme.
 


[1] Alfred Kuen. Introduction au Nouveau Testament, volume II p.59
[2] Matthew Henry. Complete commentary on the whole Bible
[3] J-N Darby. Etudes sur la Parole de Dieu p.33 (Editions Bibles et traités chrétiens, Vevey)
[4] CLARKE'S COMMENTARY - 1 CORINTHIANS 7
[5]  Il est possible de comprendre d’une autre manière: Paul suggère que celui qui ne cède pas aux pressions, étant déterminé de poursuivre les fiançailles, (de “ garder sa fiancée ”, “ τηρειν την εατου παρθενον ”) fait bien, alors que celui qui ne se marie pas fait mieux.
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