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Bible et Histoire

Mardi 2 octobre 2007 2 02 /10 /Oct /2007 14:03

Quelques termes bibliques

par Andronicus Khandjani

Elohim, pluriel ou singulier ?

  On entend souvent dire qu'Elohim est un pluriel, ce qui grammaticalement correct. Le terme hébreu « Elohim » s'avère être le pluriel d'Elah.

  Pour certains  tenants de la trinité ontologique, l'usage du pluriel implique de manière plus ou moins directe une pluralité dans la divinité.

  Pour saisir l'enjeu du débat, il importe de rappeler que la trinité ontologique n'enseigne pas explicitement l'existence de plusieurs dieux, même si certains précurseurs de la trinité comme Justin le martyr croyaient en trithéisme explicite. Pour les tenants de la trinité ontologique il y a un seul Dieu, lequel est constitué d'une famille divine unie. Or considérer Elohim comme un pluriel réel reviendrait à reconnaître un poly-théisme, puisque seul l'addition de trois El ou Elah peut produire un pluriel. La formule censée  dire la divinité serait 1+1+1=3 pluriel et non 1x1x1=1 singulier.

  Même si on devait admettre qu'Elohim renvoie implicitement à l'idée d'une pluralité, le problème serait loin d'être résolu dans la mesure où il convient de ne pas oublier que des termes plus archaïque comme Eloah et El sont utilisé dans les termes comme EL-Shadai, EL-Olam, El-Elyon ou El-Bethel. Le terme Eloha est particulièrement fréquent dans le livre de Job. La question se poserait alors de quelle personne divine s'agit-il puisque le singulier est employé. S'agit-il du Père, du Fils ou de l'Esprit Saint ?

  Le Vocabulaire de Théologie biblique donne cette explication sur Elohim : « Elohim est un pluriel ; non pas un pluriel de majesté, - l'hébreu l'ignore – pas davantage survivance polythéiste, invraisemblable dans la mentalité israëlienne sur un point aussi sensible ; mais probablement trace d'une conception sémitique commune, qui perçoit le divin comme une pluralité de forces.

  Elohim est dans les faits simplement l'équivalent des termes plus archaïque comme El et Eloah.

  Les personnes qui veulent en faire la base d'une théologie trinitaire ontologique ferait mieux de considérer la littérature vétérotestamentaire dans son ensemble où le terme Elohim est quelques fois associé à "une divinité étrangère". En dehors du texte biblique, la littérature cananéenne
nous renseigne sur l'usage de ce terme.

Ehad, une unité plurielle ?

  Cela serait ainsi si l'on considère les écrits de certains théologiens trinitaires. Pour les tenants de cette hypothèse, l'hébreu le credo biblique Y Elohenu, Y Ehad impliquerait une unité plurielle. Ainsi le verset annoncerait la révélation explicitée au 4eme siècle sur la trinité ontologique.

  Toujours selon ces spécialistes, Dieu aurait utilisé le terme YaHiD s'il avait voulu exclure l'idée d'une trinité ontologique.

  Rappelons d'abord qu'Ehad signifie UN  en hébreu d'où cette traduction de la TOB « ECOUTE, Israël ! Le Seigneur (YHWH) notre Dieu est le Seigneur UN ». Ainsi, il ne s'agit pas d'un terme spécialement inventé pour expliciter une unité plurielle, même si le terme peut-être utilisé à cet égard. Ceci étant c'est toujours le contexte, d'abord immédiat, qui permet de situer le sens. Dans Ezechiel 37 :22, il est question d'un roi (Melek Ehad) qui va régner sur Israël doit-on entendre par là que plusieurs personnes formeront le roi David ?

Nous trouvons dans la traduction hébraïque du NT l'utilisation suivante d'Ekhad :

Ki Ehad Elohim

 

Wa Ehad Hu ha 'omed bein Elohim

 

Uvein benei Adam

 

(I Timothée 2.5)

  J'admets certes que la traduction hébraïque du NT ne saurait faire autorité, mais force est d'admettre qu'elle rend compte des réalités linguistiques de l'hébreu.

  Sur YaHiD disons seulement que le terme veut dire unique mais aussi unique en son genre. Nous le trouvons souvent utilisé à côté  du terme fils, ainsi Isaac est l'unique de son père. Le Seigneur dit en effet à Abraham : « Prends ton unique, YaHid, ton fils, Isaac que tu aimes… » Genèse 22. 1, le texte suggère une relation unique entre Abraham et Isaac, relation exclusive ou Ismaël n'a pas place. C'est en Isaac que sera appelée une Semence digne de la foi d'Abraham. L'écrivain du prologue des Proverbes déclare avoir été unique, Yakhid, pour sa mère. Prov 4.3. Yakhid est l'équivalent du terme grec mongenes qui signifie unique en son genre et non « unique engendré » comme certains ont traduit.

Εις, εν et μια

  Ces trois termes sont les équivalents de notre un et une.

  Eν est neutre et n'a pas d'équivalent spécifique en français. Certains théologiens qui aiment à faire dire au texte grec ce qu'il ne veut pas estiment que l'article indéfini hen en tant qu'adjectif suggère une pluralité. C'est la lecture que l'on fait actuellement de Jean 10 : 30 où Jean rend ainsi la phrase araméenne du Seigneur : εγω και 'ο πατηρ εν εσμεν.

  Pour certains tenants de la trinité ontologique l'usage du neutre hen suggérerait une pluralité dans la divinité partant une trinité. Gênés par le verset, certains vont pour d'autres raisons dans ce sens et traduisent : « Moi et le Père nous sommes en union » ( Traduction du Monde Nouveau). Le problème dans tout cela est qu'on fait dire à la grammaire du texte grec ce qu'il ne veut pas forcément dire. Il est question dans le verset d'une unité organique beaucoup plus étroite que ne le suggère la trinité ontologique. La confirmation vient plus tard dans la prière du Seigneur : « Qu'ils soient un hen comme nous sommes un ».

  Compte tenu du fait que  εις eis est utilisé dans Gal 3.28 on peut se demander comment les Grecs faisaient pour dire une unité non plurielle. Le bon sens commande encore de lire chaque terme dans son contexte afin de ne pas inventer une grammaire dans laquelle les héllénophones de l'époque auraient eu du mal à se reconnaître. Ceci étant, on peut utiliser la crédulité de certains croyants pour faire dire aux textes hébreux et grecs ce qu'ils ne disent pas.

"Faisons l'homme à notre image"

  Pour de nombreux, point de doute, il s'agit de la confirmation de la pluralité divine implicite dans Elohim. A vrai dire ce pluriel surprend et gêne même un homme de la trempe de Rashi qui ne trouve pas de réponse à l'exégèse trinitaire ontologique.

  Voyons le texte le plus près :

« Dieu dit : Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance… Et Dieu créa l'homme à son image ». Les existants peuvent faire mais pas créer. Le verset suggère une participation des autres existants dans la mise en forme de l'homme, d'où le pluriel. Le second verbe bara affirme une initiative exclusivement divine. Seul Dieu peut créer. C'est pourquoi il n'est pas écrit : « créons l'homme à notre image » mais bien « faisons l'homme à notre image ». L'acte créateur est exclusivement le fait de Dieu. Là encore les Ecritures restent d'une exactitude extraordinaire. Le Logos étant le Créateur de l'univers, le verbe créer au pluriel de l'impératif aurait été explicite et sans appel sur la pluralité de la divinité si le Père s'était adressé au Fils et au Saint Esprit. 
  Comme le souligne Godet,"Le jugement que Dieu prononce sur le résultat de son activité créatrice suppose que la causalité divine n'est pas seule à produire les êtres qui se succèdent, mais que les causes secondes ont aussi leur rôle dans cette œuvre. Une fois l'œuvre achevée, Dieu constate que les forces mises en jeu ont bien réalisé sa pensée."
  Le terme asah rendu par faire peut être utilisé relativement à une action faite par des créatures.

  Dans I Corinthiens 3.9 il se trouve écrit : « Nous sommes les collaborateurs(sunergoi, συνεργοι) de Dieu… ».

  Nous avons prouvé ici que la grammaire des textes bibliques n'invite nullement à penser à une pluralité divine.

  S'agissant des personnalité à qui s'adresse Dieu, nous pouvons en avoir une idée en lisant Daniel 4.14:
"La chose se fait par décret des Vigilants,
Et l'affaire par l'ordre des Saints,
afin que les existants reconnaissent que le Très-Haut est Maître 
de la royauté des hommes,
qu'Il la donne à qui il veut
et y élève le plus humble des humains"

Dieu avec Dieu ?

« Au commencement était le Verbe,

ΕΝ ΑΡΧΗ ΕΝ Ο ΛΟΓΟΣ

Et le Verbe était avec Dieu,

ΚΑΙ Ο ΛΟΓΟΣ ΠΡΟΣ ΤΟΝ ΘΕΟΝ,

Et le Verbe était Dieu »

ΚΑΙ ΘΕΟΣ ΗΝ Ο ΛΟΓΟΣ

  Une compréhension correcte de la structure de ce verset serait importante pour pouvoir prendre plus de recul par rapport au mystère de la divinité. Il est d'abord question du commencement de quelque chose. Malgré ce qu'on a pu écrire à ce sujet il faut dire que Jean situe cette relation au début du temps, hors de l'éternité, « Εν αρχη ». Il souligne que le Logos, le Verbe se trouvait auprès de  Dieu ou en Dieu. Les traductions « avec » ou « auprès », quoique corrects, ne rendent pas compte des nuances du texte grec qui souligne un rapport de dépendance. Ce n'est pas Dieu qui est « pros » le Verbe mais le Verbe qui se trouve placé par rapport à Dieu. La meilleure traduction de pros est de la TOB qui rend cette préposition par « tourné vers », la préposition ayant également un sens d'orientation.

  « et le Verbe était Dieu ». 
  Il ne s'agit pas du « dieu » de la Traduction du Monde Nouveau, le dernier membre du verset met plutôt l'accent sur la nature divine du Logos, theos étant placé sans article. Ce faisant Jean évite de mettre un Dieu avec un autre Dieu, mais soulignant la nature divine du Logos, il met en exergue, du même coup, le fait que le Logos est Dieu. Il s'agit de Dieu sorti de l'Eternité, de Dieu-Exprimé. Le Dieu éternel s'exprime et devient ainsi le Logos : c'est le commencement, berechit. C'est par le biais du Verbe que tout viendra à l'existence, la Vie est rendue possible par la « collaboration » du Souffle Divin.

 

Réponses aux questions sur la divinité

  La Bible ne tente guère de dire Dieu. C'est un point important à signaler dans la mesure où la plupart des anathèmes prononcés au cours de l'histoire ne peuvent explicitement se réclamer de l'Ecriture.

  Les credos sont supposés être une série de réponses aux questions que pose la révélation du Dieu de la Bible. Nous pouvons dégager trois ou quatre réponses donneés par les théologiens au cours de l'histoire du christianisme post-apostolique.

La réponse trithéiste

  Elle est celle de personnages comme Justin le martyr pour qui le Père, le Fils et le Saint Esprit sont trois dieux. Il le dit clairement dans sa seconde apologie. Ce courant de pensée souvent marginal se retrouve encore dans le christianisme populaire.

  Il se base d'abord sur le fait qu'Elohim est un pluriel et sur un verset comme Genèse 20.13 qui pourrait être traduit littéralement en ces termes : « Quand les dieux me firent errer loin de la maison de mon père… ». Le problème est qu'aucune traduction, mais celle de Darby, qui se veut pourtant littérale à la rigueur, ne le fait. Tout traducteur est au courant des désagréments que pourrait provoquer une traduction trop littérale des textes. Déjeuner veut dire littéralement « casser le jeûne ». Imaginons un homme qui traduirait ils déjeunèrent « ils rompirent le jeûne ».

  Sur le plan théologique on aurait du mal à concilier une telle lecture de ce verset avec le credo « Dieu est un » et l'on serait forcé d'admettre que la Bible comporte plusieurs théologies, ce qui impliquerait la négation de son inspiration.

La réponse modaliste

  Le trithéisme explicite dans certains courants du christianisme est sans doute à l'origine d'une deuxième réponse qui entend éviter les dérives polythéistes. Noetus puis Sabellius furent les principales figures de ce mouvement qui fut réintroduit par certains courants pentécôtistes. Pour le courant modaliste Père, Fils et Saint Esprit ne sont que trois modes d'un Dieu présent successivement sous ces différentes formes. (Les théologiens catholique Karl Rahner et calviniste Karl Barth ont suggéré le terme « trois modes d'être », terme qui situe leur théologie entre le trinitarisme et le modalisme). Le modalisme se caractérise par une lecture trop réductrice des credos bibliques. La scène du Saint Esprit descendant sur le Fils (Mat 3.16 ,17 ect) et les prières du Fils au Père, sa dépendance par rapport à Dieu exclut une lecture aussi réductrice.

  En plus des credos sur la Divinité, le modalisme se base entre autres sur des versets comme Romains 9.5 : « …et les pères, eux enfin de qui, selon la chair, est issu le Christ qui est au-dessus de tout Dieu béni éternellement.Amen ». Verset qui gêne les commentateurs  qui adhèrent à la trinité ontologique lesquels ont tenté de traduire le verset autrement, ce, en défiant les réalités grammaticales du texte.

  Le modalisme tient compte également de l'exclusive inhérente à la confession de Thomas devant le Ressuscité « Mon Seigneur et mon Dieu ».

Ceci étant, nous ne connaissons le modalisme qu'à travers ses détracteurs.


La réponse trinitaire ontologique

Le modalisme provoquera à son tour une réponse trinitaire qui prendra deux siècles pour se préciser. C'est Tertullien qui constatant certains anomalies dans le modalisme, engagera le combat contre cette tendance. Tertullien est celui qui, en Occident, met en honneur l'expression trinité pour dire Dieu.

Il est pour ainsi dire le pour ainsi dire le véritable père de la pensée trinitaire ontologique.

La dépendance du Fils par rapport au Père, ces prières et d'autres situations notamment inhérente à la relations Père-Fils semblent pour Augustin le signe qu'il y aurait trois personnalité en Dieu. L'inconséquence de certaines explications modalistes le renforcent dans sa pensée.

   Le trinitarisme ontologique tente d'éviter le trithéisme en inventant un Dieu composé de trois personnes. Si le modalisme prend pour point de départ les credos pour expliquer la Divinité et tente de concilier le reste avec un credo sans doute mal compris. Le trinitarisme, dans une démarche opposée, part de différentes situations dans lesquels le phénomène divin se manifeste pour expliquer la Divinité et tente de concilier le credo biblique avec. Si les trinitaires ontologiques admettent que le terme trinité n'existe pas dans le NT, ils estiment que la pensée a toujours sous-tendu la pensée biblique. Pour eux, les dérives trithéistes et modalistes ont eu le mérite de permettre à l'Eglise d'expliciter sa pensée.

  Si le trinitarisme ontologique constitue en quelque sorte une synthèse du modalisme et du trithéisme, il se rapproche plus facilement de cette dernière de sorte que Justin est un peu considéré comme un père de l'Eglise. Contrairement aux "pères nicéens" comme Athanase qu'on accusait de sabellianisme déguisé, il faut dire que les "théologiens" post-nicéens seraient plutôt proches du trithéisme.

  Pour la pensée trinitaire ontologique Dieu n'est pas une personne mais une famille divine constituée du « Père, du Fils et du Saint Esprit ». Ces trois personnes seraient distinctes, égales et co-éternelles. Leur unité s'explique du fait qu'elles ont une seule essence.

  L'objection principale vient du fait que la réponse trinitaire n'est supporté par aucun credo biblique. Les formules tels que « Dieu le Fils » et « Dieu le Saint Esprit » ne sont pas bibliques dans la Bible on trouve toujours Fils de Dieu et Esprit de Dieu même si, comme nous l'avons vu, le Logos est Dieu et « l'Esprit, c'est le Seigneur » . Le terme Dieu exclusivement associé à la Paternité. Le terme « père de Dieu » ne se trouve pas dans la Bible, sauf dans certains noms théophores que nous comprenons peut-être mal vu la distance culturelle qui nous sépare de l'époque de la rédaction des anciens textes bibliques. Ce fait devrait interpeller les théologiens trinitaires et les pousser à réfléchir. Le seule formule susceptible d'être qualifié de trinitaire se trouve dans Matthieu 28.19 encore certains y voient-ils l'œuvre d'un  glossateur dans la mesure où Eusèbe de Césarée cite le verset  sans parler du baptême. On trouve seulement écrit : « Allez …faites des disciples en mon Nom ». L'autre phrase se trouverait dans I Jean 5.7. La plupart des traducteurs le considèrent aujourd'hui comme une glose postérieure. Concernant Matthieu 28.19, l'importance de la phrase dans le credo traditionnel empêche sans doute un débat de fond parmi les traducteurs qui appartiennent majoritairement au courant trinitaire ontologique. Soulignons seulement que les premiers partisans de la trinité ontologique n'en ont pas fait usage. Le verset apparaît pour la première fois dans sa forme longue dans un débat qui opposait l'Eglise aux tenants de la Gnose.

  Sur les Pères de la pensée trinitaires ontologiques on peut dire qu'aucuns ne constituent un modèle de vie pour tous les chrétiens. Tertullien va dévier vers le montanisme, alors qu'Augustin, le théologien tant célébré pour son érudition s'est avéré être un partisan de la répression de l'altérité. Il aurait sans doute adhérer au KKK. Il y a donc lieu de se demander comment la diversité qui fait la richesse de la race humaine pourrait se réclamer d'un personnage comme Augustin.

La réponse unitariste

  Les accusations portées par les partisans d'Arius contre Athanase, qui défendait la divinité, suprême de Christ provoquèrent la convocation par Constantin du Concile de Nicée. Les ariens voyaient en Christ un autre « dieu » distinct du Père mais ayant une essence similaire. En fait, sans le vouloir, les ariens réintroduisaient une forme de trithéisme.

  L'unitarisme a donné naissance à des courants libéralistes ou hérétique. Les TJ sont les héritiers de ce courant. Revendiquant au départ l'héritage arien, les TJ ne parlent plus d'Arius depuis qu'ils savent que dernier croyait que le l'Esprit Saint était une personne.

  Les unitaristes fondamentalistes constatent que la dépendance du Père par rapport au Fils. Comme les deux courants précédents, l'unitarisme se base sur certains versets censés prouver que Christ n'est pas Dieu. On peut citer entre les paroles du Seigneur : « le Père est plus grand que moi » ou « Mais ce jour ou cette heure, nul ne les connaît, ni les anges du ciel, ni le Fils, sinon le Père ». Pour les unitaristes, parmi lesquels les Témoins de Jéhovah, ces versets prouvent que le Fils n'est pas Dieu, même s'il est un dieu. Pour WT, le fait que le Saint-Esprit ne soit pas cité prouve en fait qu'il ne s'agit point d'une personnalité mais de la « Force-Active-de-Dieu ». On sans doute citer d'autres versets censés appuyer cette doctrine.

  Nous ne discuteront pas de l'unitarisme libéraliste qui n'a aucune base biblique. Pour les unitaristes fondamentalistes nous rappellerons que tous les titres attribués à l'Eternel dans l'AT sont attribués à Christ dans le Nouveau. De plus, la confession de Thomas comporte une exclusive qu'on ne saurait ignorer. En disant : « Mon Seigneur et mon Dieu », confession qui peut-être considéré comme le point central, sur le plan théo-logique, de l'évangile johannique, Thomas reconnaît en Christ le Seul Vrai Dieu, ce qui s'accorde avec Jean 1.18 : « Personne n'a jamais vu Dieu ; le Dieu unique, qui est dans le sein du Père, nous l'a dévoilé ». (Le titre monogène rendu par de nombreux traducteurs par « Unique-Engendré » signifie en fait « Unique en Son genre »).

Où se situe la réponse ?

  Les différentes théologies sur la divinité se veulent des réponses à des questions que poserait le texte biblique.  Tout s'explique, sans doute dans un milieu païen où l'on a pris goût à philosopher sur Dieu, à partir bien sûr de l'Ecriture mal comprise.  Ceci étant, une question se pose pour nous : pourquoi la Bible ne répond-elle pas à ces soi-disant questions. Dire que pour être considéré « orthodoxe », il faut se baser sur le différents concile, n'est tout simplement pas acceptable. Cela équivaudrait à dire que nous avons une littérature sacrés en dehors de la Bible. Un peu comme le Talmud des Juifs. Peut-être faudrait-il commencer par se demander si la question se posait pour les auteurs bibliques. C'est là que le bât blesse. On constate, en lisant la Bible, que personne n'a jamais essayé d'expliciter ou de dire Dieu. Tous les peuples primitifs devaient connaître, plus ou moins, le récit de la création. C'est du moins ce qu'invite à penser une confrontation entre les textes récits bibliques correspondants et les récits païens. Ils savaient que Dieu a parlé et que le Verbe est Dieu. Ils reconnaissaient également la divinité du « Souffle de Dieu ». Certains ont conclu que Dieu devait être trinité et partant qu'il devait y avoir trois divinités. Cette réponse n'est pas seulement celle des hindous mais on constate de l'Europe celte à l'Afrique bantoue une conception proche du trinitarisme ontologique et du trithéisme. A rebours, certaines religions comme l'islam et le théisme ont développé la conception d'un Dieu « un comme un doigt ». Pour certaines zones bantoues, il n'était même pas nécessaire d'ajouter l'épithète « unique » dans la mesure où le mot « Dieu » entre, sur le plan grammatical, dans la classe des noms sans pluriel. La question qui se pose est celle de savoir comment est-ce que des peuples à qui Dieu ne s'est pas révélé seraient parvenus, avant les Hébreux, à des conclusions qui interviendront 3 ou 4 siècles après les Apôtres, dans le christianisme? Je ne crois pas pouvoir faire mienne une telle idée. Disons seulement que l'homme biblique n'a jamais tenté de dire Celui-Qui-Ne-Peut-Etre-Dit mais Qui-Seul-Peut-Se-Dire, en se faisant Verbe, Dieu-Dit, Iddio-Detto pour les existants. L'idée de débat sur la divinité contredit par ailleurs la parole de Christ selon laquelle la vraie théologie dépasse l'homme et ne peut que découler de la révélation.
  La question, comme nous l'avons vu, n'est pas inconnue des auteurs bibliques, mais les réponses formulées à partir de l'époque des "pères de l'Eglise" sont le fait du viel homme à la recherche de l'image, incapable de s'envoler vers les auteurs divines par les ailes de la révélation.
  C'est sans doute le théologien allemand Emile Brunner qui formule, de la manière la plus explicite, le problème que pose pour beaucoup la révélation. « Non seulement" rappelle-t-il, " la notion de la substance mais encore la notion de cette Personne était trop rigide pour saisir le mystère de l'unité ». Etres limités, nous tentons de décrire l'Illimité, de Le limiter, en fonction des matériaux que nous offre notre milieu, nous concluons à notre propre satisfaction. Confrontés au silence de l'Eternel, les Israélites se font un veau d'or inspiré de l'image d'Apis. C'est la nature humaine. Inconsciemment leur dieu restait Moloch et Rephan. Nous sommes dérangés par ce que nous ne pouvons saisir, nous tentons d'expliquer tout.

Conclusion

  Il est quelques fois difficile d'établir une frontière entres ces tendances. Les débats provoquent souvent des glissements et des synthèses plus ou moins implicites, ce même au niveau des credos. En outre, les termes utilisés sont quelques fois ambiguës. Ainsi les mots grec et latin prosopon et persona signifient d'abord masque avant d'être identifiés au personnage que représentait le masque. Par la suite persona prend le sens de « personne  », d'être distinct. Ces termes visaient entre autres un consensus et rendaient compte de la difficulté de dire Dieu. Sur hypostase, la Bible nous apprend seulement que le Fils est « l'expression de son être » ou en grec « Χαρακτηρ της υποστασεως », c'est-à-dire le «  le caractère de son hypostase ».Ce qui se dégage de ce débat n'est ni un « pur » trinitarisme ontologique , ni un « pur » modalisme (expression du trinitarisme économique), l'Ecriture ne supportant aucune de ces tendances. 

  L'unité de Dieu, une réalité, n'est pas aussi simple que suppose le modalisme. Il y a certes une distinction, d'un côté la Gloire et de l'autre son Resplendissement, mais celle-ci est toute relative, et pour ainsi dire, liée à une triple relation.

  Quel choix faire ? Celui des auteurs des temps bibliques. Moïse, homme comme nous, tente de voir l'Eternel dans sa gloire et non plus une simple théophanie ( l'étymologie de Theos, Deus, Deva suggère une vision glorieuse), il reprend une question lancinante qui le tient à cœur depuis sa première rencontre avec Dieu : « S'il me demande quel est son Nom ? » et le Seigneur de répondre « Ehye eshra ehye », terme qui suggère à la foi un don de soi, il s'agit d'un adesse plutôt que d'un esse, mais aussi un refus de laisser l'existant percer le mystère de l'Etant. Moïse que cette réponse laissera sur sa soif reprend sa question, formulée d'une nouvelle manière : « O Seigneur, s'écrie-t-il, fais-moi voir ta Gloire » ou en d'autres termes « Montre-toi à moi ». Le Seigneur ne lui montrera qu'un Dos, ce qui équivaut à dire « Toi, suis-moi, ce que tu peux connaître de moi, tu le connaîtras en me suivant », oserais-je paraphraser. « Montre-nous le Père, renchérira un disciple, montre-nous Dieu, Seigneur, et cela nous suffira ». « Je m'étonne, répond le Seigneur, qu'étant autant de temps avec moi, vous n'ayez appris à connaître le Père, qui m'a vu a vu le Père ». Comment est-ce possible, serait-on tenter de s'interroger, le Père n'est-il pas dans les Cieux ?

N'as-tu pas dit toi-même Seigneur, que le Père est plus grand que Toi ?

Explique-nous plus, il nous intéresse ce mystère ?

« N'ai-je pas été assez explicite dans ma Parole ? » « TREVE DE CURIOSITE, SUIVEZ- MOI ».

Que savons-nous de cette glorieuse révélation ?

« Nous savons que le Fils de Dieu est

venu

et nous a donné l'intelligence

pour connaître le Véritable.

Et nous sommes dans le Véritable, en son Fils Jésus-Christ.

C'est LUI qui est le Dieu véritable et la vie éternelle ».

L'heure vient sans doute où ne regarderons plus comme dans « un mirroir » de métal mais « le Trône de Dieu et de l'Agneau sera dans la Cité ; ses serviteurs le serviront et verront Sa Face et son Nom sera sur leur front ».

Par Andronicus - Publié dans : Bible et Histoire
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